Echos de quelques pays

Rédaction de la Revue Quart Monde

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Rédaction de la Revue Quart Monde, « Echos de quelques pays », Revue Quart Monde [Online], 202 | 2007/2, Online since 05 November 2007, connection on 15 November 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/907

Plusieurs délégations nationales ont participé au séminaire de Montréal (mai 2006) par l’apport de contributions collectives et de témoignages personnels ayant trait à la manière dont la Journée mondiale du refus de la misère était vécue dans leur pays. En voici quelques extraits.

Canada. Une nouvelle façon de vivre

« Le 17 octobre, c’est notre journée à nous, les personnes en situation de pauvreté, une journée où, grâce à une série de gestes posés dans différents pays à travers le monde, nous rappelons à nos concitoyens et à nos concitoyennes que nous sommes là et qu’il faut désormais penser, décider, agir avec nous. En somme, nous existons et nous avons besoin de vous pour le reconnaître.

Cela étant, quel avenir peut-on entrevoir pour le 17 octobre ?

Je souhaite profondément que cette journée devienne d’abord le symbole d’une nouvelle façon de vivre dans la démocratie, l’harmonie et la paix. » (Micheline)

Haïti. Inviter à s’asseoir au même endroit

« Selon moi, il faut inviter plus de personnes le 17 octobre pour qu’elles nous entendent. D’abord il faut qu’il y ait l’union entre les riches et les pauvres. Inviter seulement des gens comme nous, qui sommes pauvres, pour nous entendre encore nous-mêmes, je trouve que cela n’a pas de sens. Mais inviter d’autres personnes, riches ou appartenant à d’autres classes sociales, pour qu’elles entendent comment nous-mêmes nous vivons, ce que nous aimerions, là je vois que cela a du sens. Les gens viendraient entendre : « Voici quelle personne je suis » pour qu’ils sortent de leur tête l’idée qu’ils s’en faisaient. Toi-même, ayant dit qui tu es, tu peux alors inviter une autre personne à venir s’asseoir au même endroit que toi. Celle-ci pourra apporter sa collaboration avec toi, là où les pauvres et les riches peuvent vraiment s’entendre pour écraser la misère.

Je trouve que le 17 octobre est très important pour que les riches comprennent la situation des plus pauvres, et aussi pour que les pauvres comprennent celle des riches. Il faut se mettre en solidarité pour collaborer, pour écraser la misère, pour que les gens pauvres puissent souffler. » (Nerline)

Irlande. Entrer en contact avec les autres

Dans son rapport, la délégation d’Irlande a donné la parole à Teresa, une femme sans abri à Dublin, qui parle de la douleur liée à la honte : « Personne ne veut pas vous connaître quand vous êtes sans abri. Vous n’êtes pas un être humain ; vous n’êtes pas même une statistique. Vous n’entrez dans aucune catégorie »

Le 17 octobre est une journée où les personnes vivant dans la pauvreté peuvent marcher fièrement. Comme l’affirme Tanya, une jeune mère : « C’est une journée étonnante, où vous pouvez parler de la pauvreté sans avoir honte »

Le 17 octobre est une journée où les gens de différents milieux se tiennent ensemble, unis, aux niveaux national et international, où chacun, à sa façon, lutte contre la pauvreté et pour la défense des droits de l’homme.

Nous désirons que le 17 octobre soit une journée où les gens vivant dans la pauvreté puissent en encourager d’autres, qui se sentent abandonnés et dévalorisés par l’expérience de la pauvreté, afin qu’ils sachent qu'ils ne sont pas seuls. C’est pourquoi nous débutons les préparatifs de commémoration du 17 octobre avec trois ou quatre mois d’avance, en allant dans les communautés avec des personnes qui ont déjà participé à la journée, pour chercher et inviter de futurs participants.

Maurice. Le jour de l’aboutissement d’une victoire

La préparation même de cette journée est un moment privilégié où on se met dans une disposition d’écoute et de proximité, où déjà résonne le mot « s’unir ». Se mettre ensemble n’est pas facile, c’est faire face aux tensions, aux incompréhensions, aux contradictions, aux manques de régularité et de rigueur, aux pressions de l’échéance...

Le 17 octobre, c’est le jour de l’aboutissement d’une victoire : les plus pauvres permettent cette unité, ils nous permettent de construire cette journée ensemble.

Pologne. Les rencontres deviennent différentes

Grazyna P. est responsable d’un groupe de travailleurs sociaux à Kielce, en Pologne. Elle a expliqué quel avait été l’impact du 17 octobre sur son équipe : « C’est pour moi une occasion de montrer aux travailleurs de l’aide sociale, aux professionnels, que cela vaut la peine de regarder à travers les yeux de ceux qui sont assistés, de regarder leur vie, leur famille, leurs problèmes... Ce n’est pas une façon de faire où l’on dirait : j’ai une recette ou une réponse à ton problème. Mais où l’on dit : je veux connaître tes besoins, tes attentes, et faire quelque chose avec toi... »

Le 17 octobre a permis à l’équipe de travailleurs sociaux de « faire ensemble », de construire la confiance avec d’autres personnes. Quand une nouvelle rencontre avait lieu un 17, nous étions plus proches les uns des autres.

Il y a une façon de se rencontrer, pas simplement de se montrer. C’est une façon d’apprendre les uns des autres. Une fois le 17 octobre passé, la rencontre entre les travailleurs sociaux et les autres est aussi différente. Chacun se sent valorisé. C’est une journée qui permet de dépasser les hiérarchies qu’il y a dans la vie. C’est une journée qui a un impact sur une équipe de travailleurs sociaux.

République démocratique du Congo. Entrer en contact avec d’autres enfants

Dans la République démocratique du Congo, le 17 octobre marque une date très importante pour plusieurs groupes Tapori qui réunissent des centaines d’enfants. Les parents des enfants doivent marcher pendant plusieurs kilomètres tous les jours pour chercher du travail. Les enfants aident leurs parents de différentes manières et nombre d’entre eux ne peuvent pas aller à l’école. Mais le 17 octobre leur offre une occasion de collaborer sur un projet et de rencontrer d’autres enfants vivant dans des conditions difficiles.

Faustin, un animateur du groupe « Les enfants Étoiles », a décrit ce qui s’est produit le 17 octobre 2003 : « Les enfants Étoiles ont pris la décision de rendre visite aux enfants soldats démobilisés de l’armée dans une ville très lointaine. Le dimanche 19 octobre, les enfants Étoiles et les enfants du groupe EMAP (un groupe d’une autre région de Bukavu) ont rencontré des enfants soldats démobilisés. Ils ont exprimé leur rejet de la guerre et leur opposition à l’enrôlement dans l’armée d'adolescents de 12 à 16 ans, par des danses, des poèmes et des jeux de paix. Les enfants pensent que la très grande pauvreté ne pourra jamais disparaître dans un pays où règnent la guerre et l’insécurité. Les enfants démobilisés ont été ravis de l’initiative des enfants de Tapori et leur ont promis de collaborer. »

Pérou. Porteur d’un message

« Je viens du Pérou, porteur du message de la Dalle... J’ai cheminé et parlé de ce qui est gravé sur la Dalle, car dans mon village il y a beaucoup de personnes pauvres. C’est pour cela que j’ai créé des groupes pour parler aux hommes et aux femmes comme moi. Ainsi réunis, nous avons marché jusqu’à la ville de Cusco... C’est ainsi que j’ai pris à la tête du groupe... Nous avons défilé devant les autorités ; nous portions de grandes banderoles avec nos slogans, montrant ainsi que nous sommes nombreux, hommes et femmes, à marcher devant eux. Alors, seulement en nous regardant passer, ils ont commencé à vraiment nous voir. Nous faisons cela depuis des années maintenant...

Il y a aujourd’hui bien plus de personnes qui nous écoutent et bien plus de personnes qui dans mon village se mobilisent. C’est ce qu’il nous faut faire pour faire disparaître la misère...

Je me sens maintenant très heureux : avant je pensais que nous étions seuls, que nous étions peu nombreux, mais je vois qu’il y a ici énormément de personnes...

Chaque 17 octobre nous nous levons, mais il ne nous faut pas nous réunir uniquement le 17 octobre, car c’est chaque jour que nous souffrons de la faim, que nous vivons dans le besoin permanent... » (Julian)

D’autres témoignages

Parmi tous les témoignages reçus après le séminaire de Montréal, citons :

  • France. Ecrire à quelqu'un

Le 17 octobre 2006, nous avons proposé un espace et un accompagnement pour écrire une carte à des personnes seules, isolées, ou à un ami à qui on pense... Maurice est là pour la première fois. Je l’avais rencontré au moment du décès de son compagnon, Bernard, qui logeait dans le même immeuble insalubre que lui. Depuis environ deux ans, nous nous connaissons de mieux en mieux, nous partageons nos idées autour d’un café, nous participons ensemble à des journées familiales. Je propose à Maurice d’écrire une carte avec lui mais il dit n’avoir personne à qui écrire... Quelques jours plus tard, je le rencontre dans le centre commercial où je sais que je peux le trouver. Il me dit : « C’est bête pour la carte ! J’ai pensé que j’aurais pu écrire au frère de mon ami Bernard. Cela lui aurait fait plaisir qu’on pense à son frère... » Comme j’ai toujours une ou deux cartes en réserve dans mon sac, nous entrons dans un bistrot et nous écrivons, lui au frère de son ami, moi à un ami auquel je pense. Nous parlons de nos amis respectifs et nous signons ensemble les deux cartes... Par mon intermédiaire, mon ami répond à Maurice ! Et le 1er janvier 2007, Maurice achète deux cartes de vœux qu’il écrit lui-même ! Ainsi des liens enfouis se réactivent, d’autres nouveaux s’instaurent. Pour moi, le 17 octobre c’est aussi donner ou redonner le goût à vivre ensemble, les uns par les autres. (Claude)

  • Pérou. Une série d’activités

Avec trois centres éducatifs où nous travaillons, à travers l’art comme moyen pédagogique, pour permettre à des enfants des communautés rurales d’être plus créatifs, de mieux comprendre leur contexte social, de redécouvrir leurs savoirs ancestraux, de recouvrer l’estime d'eux-mêmes :

Le 15 octobre, sur une radio locale, nous avons animé un programme avec un groupe d’invités, sur les thèmes de la pauvreté, de l’alimentation, de la famille, de l’assistance (jusqu’à quel point elle peut être bonne et jusqu’à quel point elle est mauvaise ?)

Le 16, nous avons eu une rencontre des écoles dans la communauté de Santa Elena, pour que les enfants puissent échanger leurs réalisations artistiques (céramique, tissu, peinture) ainsi que leurs connaissances (contes, légendes, chansons) et pour que les professeurs partagent leurs expériences. C'était comme un symbole d’unité.

Le 17, après un défilé dans les rues de la ville, il y a eu un programme similaire dans le parc de Lampa de Oro de Andahuaylas, pour que les enfants de la ville et ceux des communautés rurales puissent partager dans la joie chants, poésies et scènes de théâtre. (Alejandro)

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