Sandra Cisneros, La petite fille de la rue Mango

Nil éditions, 145 pages.

Jean-Jacques Boureau

Bibliographical reference

Sandra Cisneros, La petite fille de la rue Mango, Nil éditions, 145 pages.

References

Electronic reference

Jean-Jacques Boureau, « Sandra Cisneros, La petite fille de la rue Mango », Revue Quart Monde [Online], 160 | 1996/4, Online since 22 May 2020, connection on 06 February 2023. URL : https://www.revue-quartmonde.org/9115

La rue Mango, une rue du ghetto portoricain à Chicago, une rue dans laquelle habite Esperanza, l’héroïne de ce roman.

Esperanza est une petite fille qui nous livre des instantanés de sa vie. Une vie dans laquelle la pauvreté est omniprésente. Sa maison est un taudis dont elle a honte et son rêve est d’avoir une vraie maison « juste une maison tranquille comme neige, un espace à moi, net comme la feuille de papier avant le poème »

Comme toutes les petites filles, Esperanza s’amuse à mettre des vieilles chaussures à talons mais, à midi, elle mange un sandwich au riz car, dans cette famille où seul le père travaille, on ne mange pas de viande. Plus profondément, la petite fille qui se trouve laide et n’aime pas son nom rêve d’un amour pur, d’une autre vie loin de la rue Mango, loin des machos du quartier qui la dégoûtent : « Un jour, je dirai adieu à Mango, je me sens trop forte pour que Mango me garde à jamais, dit-elle, mais je reviendrai vers ceux que j’ai laissés derrière moi. Ceux qui ne peuvent pas s’en aller ». En effet, on ne sort pas facilement d’un ghetto, on ne s’intègre pas aisément dans la société américaine lorsqu’on est de couleur.

Un jour, la mère d’Esperanza lui demande : « Tu veux que je te dise pourquoi j’ai quitté l’école ? Parce que mes vêtements étaient trop moches. La honte, c’est mauvais, tu sais ! ». Un autre jour, le petit Ancel, un voisin, tombe d’un arbre « comme une étoile filante et s’explose au sol sans dire un "ho" ». Sa mère a trop d’enfants à surveiller... C’est ainsi que peu à peu nous faisons connaissance de la famille, des voisins, des amies d’Esperanza.

Dans ce livre, l’auteur nous fait entrevoir sa jeunesse mais elle n’écrit pas une autobiographie. Par quarante-neuf récits très courts, elle nous fait peu à peu entrer dans l’univers de la rue Mango, dans l’ambiance de ce quartier portoricain dont les habitants étrangers et pauvres ressemblent à ceux que nous pouvons connaître dans nos banlieues.

Ce roman, bien écrit dans un style souvent poétique, est surtout le regard d’une petite fille avec sa gaieté, sa fraîcheur, ses espoirs, un regard qui la rend bien attachante.

Jean-Jacques Boureau

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