Jacques Généreux, La dissociété

Ed. Le Seuil, Paris, 2006, 446 pages.

Daniel Fayard

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Jacques Généreux, La dissociété, Ed. Le Seuil, Paris, 2006, 446 pages

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Daniel Fayard, « Jacques Généreux, La dissociété », Revue Quart Monde [Online], 201 | 2007/1, Online since 01 August 2007, connection on 21 September 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/9149

C’est de conscience et de re-fondation politiques dont il est question dans cet ouvrage.

Il s’ouvre sur une analyse sans concession de notre société de marché qui a fini par coloniser tout l’espace social avec sa logique marchande : « Une mutation anthropologique déjà bien avancée qui peut, en une ou deux générations à peine, transformer l’être humain en être dissocié, faire basculer les sociétés développées dans l’inhumanité de « dissociétés » peuplées d’individus dressés les uns contre les autres ».

L’auteur en appelle à un réveil citoyen.

Il fustige les effets nocifs de la guerre économique : « Le taux de rendement financier n’est pas le bon indicateur pour savoir où l’humanité juge qu’il est le plus utile, le plus urgent et le plus juste d’investir. » Il dénonce notamment ce qu’il appelle la dictature de l’actionnaire.

Le défi est de remettre les politiques au service du bien commun, dévoyé par les tenants du néolibéralisme qui promeuvent une stratégie efficace de privatisation par étapes de l’Etat. Pour le relever, l’auteur entreprend de rechercher les fondements anthropologiques de la culture néo-libérale, la conception de l’être humain et la vision de la société que celle-ci véhicule. Il découvre qu’elle a subrepticement infiltré les mentalités de nos contemporains, y compris la culture socialiste ou socio-démocrate dont l’utopie actualisée est davantage la croissance « soutenable » de la production et de la consommation que le progrès humain faisant prévaloir « la quête des liens sur celle des biens ».

La bataille à mener est culturelle. L’enjeu est de réapprendre la nature, la possibilité et le désir du véritable progrès humain. Jacques Généreux en est persuadé : « Une large majorité de nos concitoyens est secrètement avide d’entendre à nouveau un discours favorable à la solidarité, aux biens publics, à l’impôt, à la paix sociale, à la régulation, à la coopération, au repos, à l’égalité, au temps de vivre, etc. » Il espère qu’une nouvelle génération de responsables politiques osera tenir un tel discours sans lequel les liens sociaux constitutifs de toute Cité humaine ne peuvent que se déliter.

La citation de Benoît Malon (fondateur de La Revue socialiste), mise en exergue, dit bien l’ambition qui sous-tend à la fois le plaidoyer et le pari de l’auteur : « La suprême sagesse de ce temps consiste peut-être à penser en pessimiste, car la nature des choses est cruelle et triste, et à agir en optimiste, car l’intervention humaine est efficace pour le mieux-être moral et social et nul effort de justice et de bonté, quoiqu’il puisse nous apparaître, n’est jamais complètement perdu. » (1892)

Daniel Fayard

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