Dominique Méda, Juliet Schor, Travail, une révolution à venir

Arte Editions, 1997, 72 pages, texte de leur entretien télévisé du 6 décembre 1996 sur Arte

Jean Guinet

Bibliographical reference

Dominique Méda, Juliet Schor, Travail, une révolution à venir, Arte Editions, 1997, 72 pages, texte de leur entretien télévisé du 6 décembre 1996 sur Arte

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Jean Guinet, « Dominique Méda, Juliet Schor, Travail, une révolution à venir », Revue Quart Monde [Online], 166 | 1998/2, Online since 22 May 2020, connection on 01 October 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/9174

Le livre de Dominique Méda Le travail, une valeur en voie de disparition (Aubier, 1995) l’a fait connaître et apprécier de tous les acteurs français du débat social actuel.

Elle milite pour une relativisation de la valeur travail et la revalorisation des autres types d’activité, spécialement l’activité politique. Mais, contrairement à beaucoup, elle ne propose pas de réserver l’emploi aux plus efficaces ou aux plus motivés et les autres activités aux « chômeurs » mais de partager entre tous toutes les sortes d’activités, l’emploi en premier lieu.

Juliet Schor rejoint sa démarche en publiant The Overspent Society chez Basic Books. C’est une militante du « développement durable. »

Depuis quelques années, elle s’intéresse à une « avant-garde », aux Etats-Unis, qui choisit la « décélération », soit en quittant leur emploi et en acceptant de vivre avec des dépenses très réduites, soit en réduisant simultanément leur temps de travail et leur budget.

Tandis que Dominique Méda préconise l’action politique pour progresser ; Juliet Schor propose une stratégie plus progressive. Elle sait très bien que « les entreprises veulent un petit nombre de personnes en lesquelles elles investissent beaucoup d’efforts » et que « les employeurs, depuis le début de l’ère capitaliste, voire précapitaliste, se sont toujours opposés à l’idée d’employer plus de personnes travaillant moins longtemps, parce que ces personnes sont alors moins dépendantes de l’employeur. »

Il faut donc s’attaquer aux principes fondamentaux sur lesquels les entreprises fondent leur légitimité, le consumérisme et les modalités de répartition du temps.

La « stratégie politique (de Juliet Schor) consiste en un sens à mettre le modèle de ces personnes en avant » (celles qui choisissent la décélération.) Elle pronostique que « lorsque les gens essaieront de le reproduire dans leur vie de tous les jours, ils seront confrontés à des obstacles politiques, et seront alors bien obligés d’être plus actifs sur le plan politique. »

« Il s’agit donc d’aborder à la fois les problèmes propres aux classes moyennes, comme le temps de travail, la famille, la qualité de vie, en les traitant sur un pied d’égalité avec les problèmes des classes plus modestes. Ces problèmes concernent l’accès au travail, un salaire suffisant et un niveau de vie décent. Pour y parvenir, (Juliet Schor) estime qu’il faudra réunir ces deux groupes. Car les personnes les plus avantagées ne seront pas disposées à partager ce qu’elles ont avec les plus démunies, à moins d’un changement de valeurs. »

Ce n’est pas le moindre mérite de Dominique Méda que de nous faire connaître Juliet Schor, cette contestataire du modèle économique dominant dans son pays de référence, les Etats-Unis. Il est réconfortant d’y constater l’émergence de nouvelles valeurs d’humanité.

Ce petit livre est à lire absolument.

Jean Guinet

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