Le 17 octobre, c'est tous les jours !

Franck Mathieu

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Franck Mathieu, « Le 17 octobre, c'est tous les jours ! », Revue Quart Monde [Online], 202 | 2007/2, Online since 05 November 2007, connection on 20 November 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/920

L’auteur est impliqué dans la dynamique de « Résistances », un journal gratuit de seize pages, tiré à plus d’un million d’exemplaires, édité depuis 2004 par ATD Quart Monde et réalisé en collaboration avec Amnesty international France et Secours catholique Caritas France pour soutenir les engagements citoyens générés par la Journée mondiale du refus de la misère.

La Journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre, provoque toujours un choc à cause de rencontres improbables entre des personnes qui ne peuvent pas se rencontrer habituellement et que ces rencontres rendent pourtant meilleures. Elle est un espace ouvert pour pouvoir parler de misère, d’exclusion sociale, c’est-à-dire de thèmes pas évidents à aborder. Le journal Résistances a voulu faire de même : créer cette rencontre entre des milliers de lecteurs et le refus de la misère pour qu’ils se réveillent et agissent.

Résistances paraît une fois par an, à l’occasion du 17 octobre, mais sa dynamique est permanente. C’est une expérience qui tente de répondre à des questions récurrentes :

- Comment créer un courant d’opinion favorable à une lutte contre la misère à laquelle seraient associées les personnes qui vivent ces conditions de vie inacceptables ?

- Comment faire connaître et aimer les réformes qui leur sont favorables, comme par exemple, la loi relative à la lutte contre les exclusions de 1998 ?

- Comment regrouper des citoyens engagés dans la lutte contre la misère sans forcément les inviter à agir au sein du Mouvement ATD Quart Monde, en respectant leurs envies et leurs manières de procéder ?

- Comment suggérer des possibilités d’actions quotidiennes pour faire reculer la misère ?

- Comment établir annuellement un « état du refus de la misère » ? …

Résistances est rédigé par des journalistes appartenant à de grands titres de la presse. Il est diffusé dans des milliers de bureaux de poste, dans des gares, mais aussi par des membres actifs d’associations, voire par de simples citoyens. Il est l’objet d’une vraie bataille médiatique pour faire entendre le message du 17 octobre, pour en communiquer l’impact lorsqu’il est entendu et suivi. Il est devenu un outil indispensable de notre combat. Par ses retombées, il permet d’amorcer un dialogue et d’envisager une suite à donner. En effet, lors de la publication du journal Résistances, des milliers de personnes prennent contact avec nous (33 rue Bergère, 75009 Paris). Il nous faut apprendre à inventer des manières de faire pour entretenir des liens avec elles.

Aussi, chaque année, nous leur avons proposé une sorte de démarche, grâce à plusieurs courriers qui les invitaient à répondre à quelques questions, à réfléchir sur leur manière d’agir ou sur leur désir d’agir. Nous avons aussi mis en place un site internet www.jeresiste.org de façon à continuer le journal Résistances toute l’année et à préciser certains outils et moyens d’action. Nous avons même expérimenté des émissions de radio diffusées sur internet. Il y aurait sûrement beaucoup de choses à entreprendre encore dans ce domaine.

Qui entre en lien avec « Résistances ? »

Des personnes qui ont la vie dure et qui souhaitent en témoigner. Des personnes qui sont déjà engagées dans des organisations. Des personnes qui ont envie d’agir et qui veulent savoir comment faire... Il y a des jeunes et des moins jeunes, des diplômés et des non diplômés, etc. Ces gens sont donc divers, mais quelque chose les relie tous : une grande générosité et une soif de justice.

Travailler à Résistances donne de l’énergie car nous nous apercevons qu’il existe un véritable courant du refus de la misère : il y a beaucoup de gens qui ne baissent pas les bras ! La difficulté est de rendre visible ce courant. Une véritable bataille médiatique est à mener pour contrecarrer aussi bien les idées reçues sur les personnes en situation de grande pauvreté que le fatalisme ambiant et l’image « boy scout » dont souffrent les personnes qui se mobilisent.

Une transformation mutuelle

Le message inscrit sur la dalle du Trocadéro est très clair : s’unir pour faire respecter les droits humains est un « devoir sacré » ! Je crois qu’il faut aller au bout de ce message. S’unir avec les plus pauvres certes, mais aussi s’unir entre organisations et associations. Il est frappant de voir à quel point aujourd’hui beaucoup d’Organisations non gouvernementales (ONG) tendent à être sur la même longueur d’onde dans leur approche de la lutte contre la misère. Résistances s’inscrit donc dans ce courant : unir les forces de diverses organisations au-delà de leurs différences, voire de leur querelles. Nous n’avons pas d’autres choix que de nous unir. Le 17 octobre, avec son message puissant, est le moteur de Résistances. Je crois que nous commençons à peine à comprendre à quoi nous engage en fait ce message. Il transformera notre société. Il nous transformera aussi personnellement. Le Mouvement ATD Quart Monde lui-même n’échappera pas non plus à une transformation.

Franck Mathieu

Franck Mathieu est membre du Mouvement ATD Quart Monde.

CC BY-NC-ND