Etienne Davodeau, Frédérique Jacquet, Jeanne de la Zone

Editions de l’Atelier, Paris, 2008, coll. Histoire sensible

Paule René-Bazin

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Etienne Davodeau, Frédérique Jacquet, Jeanne de la Zone, Editions de l’Atelier, Paris, 2008, coll. Histoire sensible

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Paule René-Bazin, « Etienne Davodeau, Frédérique Jacquet, Jeanne de la Zone  », Revue Quart Monde [Online], 209 | 2009/1, Online since 01 July 2009, connection on 25 October 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/9205

Dès le premier coup d’œil, ce livre suscite la curiosité. Son titre est en effet un peu énigmatique. Sa couverture, qui présente, à la façon d’une sanguine, l’héroïne assise sur un talus herbu dominant au second plan une grande étendue de maisons simples, semble charmante mais peu ludique pour des yeux habitués aux couleurs vives des bandes dessinées. En fait, elle introduit parfaitement à l’histoire dans laquelle on chemine tout au long du volume. Jeanne est une petite fille, née aux alentours de 1900 dans la « bicoque » de ses parents, construite avec des matériaux de récupération dans la Zone, derrière les fortifications militaires qui entouraient le Paris de l’époque. Au long des pages, le lecteur partage la vie quotidienne de l’enfant puis de l’adolescente, pauvre -mais pas misérable-, du jour de sa naissance jusqu’à son succès au certificat d’études, à treize ans, début de sa vie d’adulte. C’est une histoire pleine de tendresse qui, sans prétention d’exhaustivité, fait découvrir la vie de famille de Jeanne, sa scolarité avec ses camarades gentilles ou méchantes, les fêtes, la maladie, le travail de son père, chiffonnier, de sa mère qui le seconde, de ses voisins.

Personnage de fiction, Jeanne introduit à un pan méconnu de l’Histoire, celle des gens simples de la banlieue parisienne au début du 20ème siècle. Comme le dit Frédérique Jacquet, elle « incarne l’héritage d’une vie dans un endroit peu connu ». L’ouvrage est composé à deux voix. Il reflète la complémentarité et la connivence des deux auteurs. Frédérique Jacquet est archiviste de formation, responsable du service d’archives municipales de la ville de Saint-Denis. Son roman doit beaucoup à son excellente connaissance de l’histoire de la banlieue à la frontière du 19ème et du 20ème siècle, acquise dans une fréquentation quotidienne des documents qu’elle conserve, collecte et analyse en les complétant par la collecte de témoignages oraux recueillis auprès des vieux habitants de la banlieue nord de Paris. Etienne Davodeau, bien connu pour ses bandes dessinées, s’est écarté de son art. Ses illustrations en noir et blanc s’apparentent souvent à des aquarelles et aux photographies anciennes et s’accordent avec l’époque du récit dans lequel elles s’intègrent harmonieusement. Le texte de ce « roman graphique » ne se comprend pas sans les images dont la mise en page est très réussie. L’histoire de Jeanne est écrite dans un style clair mais sans anachronisme et, de ce fait, beaucoup de lecteurs auront besoin de se référer au dictionnaire placé en seconde partie qui comporte un lexique des mots en usage à l’époque, aujourd’hui disparus du vocabulaire courant. Des photographies anciennes qui proviennent des fonds d’archives photographiques aident à comprendre la réalité du monde de Jeanne. Un dernier chapitre ouvre sur le présent en mettant en scène dans le Paris d’aujourd’hui la fille et la petite fille de Jeanne sur les lieux de l’ancienne Zone situés entre les actuels boulevards des maréchaux et le boulevard périphérique. L’objectif pédagogique est atteint avec finesse. Frédérique Jacquet veut donner la parole à ceux qui ne l’ont pas et démontrer que, contrairement aux idées reçues, pauvreté ne rime pas forcément avec saleté, bêtise, paresse. Elle a dû placer des connaissances objectives, nécessaires à la compréhension du contexte historique, mais le récit n’en est pas alourdi. L’absence de conclusion permet au lecteur de laisser libre cours à son imagination ou de l’inciter à poursuivre son enquête sur la suite de l’Histoire.

Paule René-Bazin

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