Douglas Harper, Les vagabonds du nord-ouest américain

Traduit de l’américain par Liliane Barlerin. Préface de Dominique Desjeux, postface de Howard S. Becker. Editions L’Harmattan, 1998, 203 pages.

Daniel Fayard

Bibliographical reference

Douglas Harper, Les vagabonds du nord-ouest américain. Traduit de l’américain par Liliane Barlerin. Préface de Dominique Desjeux, postface de Howard S. Becker, Editions L’Harmattan, 1998, 203 pages.

References

Electronic reference

Daniel Fayard, « Douglas Harper, Les vagabonds du nord-ouest américain », Revue Quart Monde [Online], 169 | 1999/1, Online since 25 May 2020, connection on 30 September 2022. URL : https://www.revue-quartmonde.org/9375

« Good Company » est le titre de la première édition publiée par l’Université de Chicago en 1982. « C’est qui, au juste, la bonne compagnie ? » Manifestement l’auteur a aimé celle de ces vagabonds (tramps) qui, grâce aux trains de marchandises (hotshots), traversent les États-Unis de bivouac en bivouac (jungles) pour aller gagner de l’argent en travaillant dans les exploitations agricoles, au moment des récoltes. Le titre original veut aussi exprimer que dans ce genre de vie, rudimentaire et aléatoire pour une large part, la chance de « réussir » (est-ce le bon mot ?) dépend grandement de la bonne compagnie que l’on va ou non rencontrer en chemin : celle d’autres vagabonds, celle d’embaucheurs potentiels, celle de la police, celle du personnel des trains.

Douglas Harper est sociologue. Il nous livre ici le récit de l’un de ses voyages effectués de Minneapolis à l’État de Washington, marqué par sa rencontre avec Carl, figure emblématique du « vagabond ». Il partage sa vie pendant plusieurs mois, prend des notes pour retenir ce qu’il découvre au jour le jour, enregistre parfois leurs conversations, prend quelques rares photographies, pose des questions pour mieux comprendre la personnalité et le mode de vie de ces hommes pas comme les autres. Le récit est rugueux, mélangeant descriptions, impressions, propos échangés tout au long de cet itinéraire chaotique, clandestin et dangereux, d’une gare de triage à une autre. C’est la restitution d’une enquête participative, qualitative, où le chercheur s’implique fortement pour éprouver lui-même la dureté de cette existence qui le fascine.

Le récit est suivi d’un commentaire de 25 pages (« une interprétation compréhensive »). L’auteur y apporte un certain nombre de réflexions sur cette aventure et sur cette manière de procéder. Elles se regroupent autour de quelques thèmes. Importance de l’implication affective entre chercheurs et acteurs dans les enquêtes de terrain qualitatives. Validité et fiabilité. Langage, culture et récit. Prendre et utiliser des photographies. Histoire et économie. Facteurs culturels.

Un livre passionnant pour comprendre de l’intérieur la vie et la pensée d’hommes épris de liberté, qui n’ont ni domicile ni travail fixes mais qui ne veulent pas être assimilés à des clochards, qui sont capables de sillonner le territoire américain pour effectuer des travaux saisonniers à fort besoin de main-d’œuvre, où ils se font d’ailleurs exploiter.

Livre passionnant encore si l’on considère l’engagement du chercheur qui fait sienne cette opinion. « La qualité des connaissances apportées par les données acquises au contact des sujets de notre recherche dépend des relations que l’on établit avec eux. »

Daniel Fayard

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