Xavier Emmanuelli, L’homme n’est pas la mesure de l’homme

Presses de la Renaissance, 1998, 200 pages.

Daniel Fayard

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Xavier Emmanuelli, L’homme n’est pas la mesure de l’homme, Presses de la Renaissance, 1998, 200 pages.

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Daniel Fayard, « Xavier Emmanuelli, L’homme n’est pas la mesure de l’homme », Revue Quart Monde [Online], 170 | 1999/2, Online since 27 May 2020, connection on 27 October 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/9475

« ...c’est-à-dire que la raison de l’homme n’est pas son exacte mesure. Il ne la trouve qu’en s’en remettant à sa foi ». « C’est parce que l’homme ne sait pas mesurer sa destinée qu’il ne peut être sa propre mesure ». En ces termes, l’auteur explique le titre qu’il a choisi pour les réflexions très personnelles qu’il nous livre ici. En faisant resurgir tels ou tels moments de son existence, il essaie de formuler sa quête incessante et prégnante : « trouver un sens à ma vie ».

Son texte est parsemé de citations empruntées à Rainer Maria Rilke, à Victor Hugo, à Claude Lévi-Strauss, à Vincent Van Gogh, à Chateaubriand, à saint Jean, à Antoine de Saint-Exupéry... et à bien d’autres encore, parce qu’il y a trouvé des connivences avec ce qu’il ressent. Mais surtout de rencontres, souvent fugitives d’ailleurs, où, telle une illumination, il a vu et touché des hommes, des femmes, des enfants meurtris dans leur corps et dans leur solitude, avec qui, l’espace d’un instant, il a éprouvé qu’ils étaient, lui et eux, de la même humanité. Le livre est plein de ces rencontres survenues au Cambodge ou en Thaïlande, au Rwanda ou au Zaïre, aussi bien qu’à Nanterre.

« Jeune homme, je rêvais d’une fraternité universelle... A 60 ans, je n’ai pas encore trouvé la paix du cœur... Je suis un médecin « urgentiste », à qui les gens demandent quelque chose que je ne peux pas donner. Cela me rend inconsolable... Quand ils n’ont plus de surface sociale, ils n’ont plus rien à vous cacher, plus rien à défendre, plus rien à perdre. Ils ne sont que douleurs et souffrance... » « Quand ils demandent par leur comportement, par des gestes et des attitudes, faute de pouvoir l’exprimer avec des paroles, que l’on prenne soin d’eux en tant qu’êtres », il n’y a pas de place pour eux. Or « ils sont aussi avides de sens et d’amour que nous-mêmes ».

« Les hommes, surtout quand ils sont broyés par le malheur, ont plus besoin de fraternité que de solidarité ». « Mère Teresa ne soignait pas, elle prenait soin. Ce n’est pas incompatible, mais c’est très différent. Les deux doivent se compléter ». « Il faut donc s’approcher en tant qu’homme, c’est-à-dire s’exposer et donner de soi. Cet acte permet de redonner à la fois du sens aux rapports humains, du temps au temps... Je sais à coup sûr une chose : si vous ne vous livrez pas un tant soit peu, si vous restez sur votre réserve, le miracle n’aura pas lieu ».

« Le danger de rater la rencontre est permanent ». « La seule force, au fond, qui est capable de structurer l’homme et sa société, cette seule force tient en un mot, mais qu’il faut dire humblement, secrètement, en chuchotant, car la distance nécessaire à sa perception, c’est l’intimité, et ce mot est : amour ! ».

Il est difficile de résumer un tel livre, pourtant facile à lire. Il fait écho à l’apprivoisement cher au Petit Prince, à l’Evangile, aux droits de l’homme.

Daniel Fayard

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