Dagoberto Gilb, La magie dans le sang

Ed. Albin Michel, Paris, 2000, 306 p.

Françoise Louis-Lucas

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Dagoberto Gilb, La magie dans le sang, Ed. Albin Michel, Paris, 2000, 306 p.

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Françoise Louis-Lucas, « Dagoberto Gilb, La magie dans le sang », Revue Quart Monde [Online], 176 | 2000/4, Online since 01 May 2001, connection on 20 August 2022. URL : https://www.revue-quartmonde.org/9535

Dans ce recueil de 26 nouvelles écrites à la première personne (ce qui rend l’ouvrage plus vivant) par un auteur américain, les héros connaissent, en général, des conditions de vie très dramatiques.

Venant souvent du Mexique comme travailleurs immigrés, ils cherchent un travail et doivent se contenter, s’ils en ont trouvé un, d’un emploi peu intéressant et mal rétribué. Ils ne peuvent donc qu’être logés dans des maisons insalubres pour des loyers abordables et ils se heurtent à l’exigence de leurs propriétaires. Comme ils sont étrangers, ils ont parfois de la peine à s’exprimer en anglais et ils doivent apprendre dans des livres quelles procédures suivre, par exemple, pour faire respecter leurs droits.

Plusieurs thèmes différents sont donc évoqués à travers des faits de la vie quotidienne, tel celui du travail qui vous apporte beaucoup de joie, sur les chantiers de construction, quand on vous félicite pour l’immeuble achevé, mais qui est aussi très aléatoire, du fait qu’on peut être licencié d’un moment à l’autre : l’écart constaté entre le niveau de vie des chefs d’entreprise et celui de leurs employés dénonce les injustices sociales.

Les conditions d’hygiène sont si mauvaises, pour ces travailleurs, qu’un rat risque à tout moment de mordre votre enfant et même de vous attaquer. Parfois, la misère est si grande qu’on est tenté par la boisson qui vous offre un peu de réconfort avec les copains, ou la drogue.

Mais une grande tendresse traverse aussi ces nouvelles quand il s’agit des premiers émois amoureux du narrateur ou de la fidélité de sa jolie femme convoitée pourtant par beaucoup d’hommes. Et l’on sent que le mariage d’Hollywood n’est jamais loin avec l’espoir d’acquérir peut-être un jour la célébrité et donc la fortune !

Comme cela arrive souvent, certaines de ces nouvelles paraissent un peu déconcertantes car parfois très courtes, elles posent une énigme dont on a peine à comprendre le sens caché ; mais dans l’ensemble, elles présentent un tableau très vivant et imagé de la population pauvre, immigrée, et souvent sans papiers des Etats-Unis. On ne sent pas de haine entre les différentes classes sociales, même si le travail est très dur, car l’ouvrier vit toujours dans l’espoir de pouvoir accéder à un emploi plus gratifiant par la suite, grâce à son expérience.

Empreints de tendresse, ces récits révèlent une grande pudeur de sentiment et illustrent le courage avec lequel des individus de milieux très défavorisés luttent pour parvenir à sortir de la misère.

Françoise Louis-Lucas

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