Léon Bonneff, Aubervilliers

Ed. L'esprit des péninsules, Paris, 2000, 245 p.

Jean-Jacques Boureau

Bibliographical reference

Léon Bonneff, Aubervilliers, Ed. L'esprit des péninsules, Paris, 2000, 245 p.

References

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Jean-Jacques Boureau, « Léon Bonneff, Aubervilliers », Revue Quart Monde [Online], 178 | 2001/2, Online since 01 October 2001, connection on 01 February 2023. URL : https://www.revue-quartmonde.org/9543

Léon Bonneff mourut à 32 ans au début de la guerre de 1914. Il fut l'un des plus grands écrivains prolétariens français, Aubervilliers fut son dernier roman.

Mais peut-on parler de roman ? Par le biais de personnages dont les vies sont légèrement romancées, l'auteur nous décrit avec minutie la banlieue parisienne de ce début de siècle : Aubervilliers, ville ouvrière où se mêlent les champs d'épandage avec leurs cultures maraîchères, les abattoirs, les industries toutes plus polluantes les unes que les autres qui asphyxient et mutilent ceux qui sont obligés d'y travailler.

Nous nous promenons chez l'équarrisseur, dans les usines de superphosphates, les boyauderies, les usines d'engrais, les abattoirs… Nous découvrons les petits métiers qui font survivre comme le ramassage des résidus de graisse de bœuf dans la rivière pour être vendus aux fabricants de chandelles.

Nous découvrons aussi la rue et ses maisons casernes, les bistrots, les bals, les commerçants, la vie le dimanche avec le repos bien mérité.

Nous nous attachons au père Barje qui doit finir sa vie à la maison de Nanterre, à l'époque, véritable prison pour SDF ; au « Roussi » qui doit conduire ses sept enfants à l'Assistance Publique parce que sa femme va accoucher à l'hôpital et qui les retirera précipitamment ne supportant pas de les voir aussi malheureux. Avec le père « la Bourgogne » nous vivons les luttes syndicales avec leur cortège de licenciements et de répressions. Enfin il y a tous ceux qui font de ce livre un document humain et non pas un livre d'histoire.

La misère est omniprésente dans cet univers concentrationnaire, monde de dureté et de déchirement, mais l'espoir et la dignité sont présents par la présence des jeunes qui refusent cet univers de malheur, par les gestes de solidarité et d'entraide, par les luttes syndicales.

Les temps ont bien changé et Aubervilliers aussi, mais on lit d'une seule traite cette chronique d'une époque où la pauvreté était le lot de presque tous, étonné devant ce monde que l'on n'imagine plus mais qui fut celui de nos arrière-grands-parents et reste peut-être celui d'une partie de l'humanité. A lire pour ne pas oublier.

Jean-Jacques Boureau

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