Thierry Michel et Christine Pireaux. L’école de l’impossible

Film documentaire, 2020

Marie-Hélène Dacos-Burgues

p. 48-49

Référence(s) :

Thierry Michel et Christine Pireaux. L’école de l’impossible, Film documentaire, 103’,2020.

Citer cet article

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Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Thierry Michel et Christine Pireaux. L’école de l’impossible », Revue Quart Monde, 257 | 2021/1, 48-49.

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Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Thierry Michel et Christine Pireaux. L’école de l’impossible », Revue Quart Monde [En ligne], 257 | 2021/1, mis en ligne le 01 mars 2021, consulté le 06 mai 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/10164

Ce compte-rendu a été écrit sur la base de la version de 58’ du film, diffusée sur Arte en septembre 2020, sous le titre « L’école de la dernière chance ». La version longue qui sort en salle au printemps 2021 portera bien le titre original, « L’école de l’impossible ».

On doit à Thierry Michel, journaliste et cinéaste belge engagé, de nombreux documentaires remarquables. Sur les luttes sociales en Belgique, sur l’histoire de la Wallonie et de certains pays d’Afrique ou d’Amérique du Sud. On se souvient notamment de L’homme qui répare les femmes1, reportage sur l’action du docteur Mukwege2, et du documentaire Les enfants du Hasard3.

C’est à Seraing, banlieue industrielle de Liège, que se situait l’importante usine d’Arcelor Mital dont la fermeture remonte à 2014. Thierry Michel est venu filmer la destruction des hauts fourneaux en 2017 et a remarqué un établissement scolaire non loin de là. Cet établissement de formation technique et professionnelle du réseau catholique accueillait jadis les enfants des ouvriers de la sidérurgie. Pendant 2 ans, avec son épouse Christine Pireaux et les films La Passerelle, il a filmé4 la vie de cet établissement qui accueille 350 élèves de 17 nationalités, tous avec un cursus d’échec scolaire ; un tiers sont majeurs, tous plus ou moins abîmés par la vie. Ils viennent de familles confrontées au chômage, à l’aide sociale mais aussi à tous les aléas d’une vie précaire : grande pauvreté, drogues, décrochage scolaire, conflits familiaux, violences de toutes sortes et pour certains la prison. Ils sont, pour quelques-uns d’entre eux, des refusés d’autres écoles.

Thierry Michel dit : « Je pense que le film montre combien l’école est essentielle, encore plus pour ces enfants qui ne sont pas ceux de classes aisées.5 » Puis à un autre journaliste il révèle son projet : « J’ai essayé de comprendre comment l’école peut être une bouée de sauvetage pour tous ces jeunes à la dérive. Je suis persuadé qu’il n’y a pas de fatalité sociale si l’école remplit bien son rôle.6 » Lui faisant écho lors de la réunion de rentrée des professeurs, le directeur Jérôme Chantraine explique quant à lui aux nouveaux professeurs qui sont ces enfants dont ils auront la charge : « Ils traversent des choses que nous n’oserions imaginer. » Et à un journaliste, il donne lui aussi ses motivations : « Vous sauriez dire, vous, en une demi-heure si la personne que vous avez devant vous peut s’en sortir ? Moi non. Alors je pars sur le oui et s’il faut divorcer ensuite, on aura au moins essayé.7 » Cette école donc - sous la houlette vigilante de son directeur bienveillant mais d’une sévérité affirmée et juste - fait son possible. Il y a beaucoup d’absents chez les enseignants et chez les élèves. Le premier titre du film, L’école de l’impossible, mettait précisément en évidence toutes ces difficultés particulières pour les enseignants. Le titre retenu lors de la diffusion sur Arte, L'école de la dernière chance, reflète plutôt qu’il n’en est pas moins vrai que le choix revient aussi aux élèves… Celui de faire l’effort d’apprendre ou pas leur appartient ! Un professeur de l’école le leur dit bien : « Tu es à un tournant de ta vie, c’est à toi à prendre la bonne direction. Tu as le choix. » Les jeunes sont attachants, …assez réalistes : « On est accepté avec nos défauts et nos valeurs8 » dit Jamila. « Il y a de la haine en eux » dit Vanessa, de certains de ses copains, pour rajouter ensuite : « Ils ont une vie à côté qui est très dure ». Un garçon avoue : « Ce n’est pas vraiment une école. On est là pour t’aider et t’écouter. C’est un endroit où on ne va pas là que pour étudier.9 » Ils réussissent plus ou moins, mais semblent plus assidus et s’expriment. L’une des élèves ira tenter sa chance à l’université pour devenir avocate. La plupart du temps l’équipe éducative réussit quand même à les « tirer vers le haut.10 » Le pari du cinéaste est réussi…

1 Film de 2015.

2 Gynécologue qui obtint le Prix Nobel de la Paix en 2018.

3 Film de 2017 sur les enfants d’un charbonnage éponyme bien connu prés de Liège.

4 Thierry Michel, Christine Pireaux, L’école de l’impossible, documentaire belge, 2020.

5 Magazine Prof, N° 46, Droit de regard, 6 juin 2020.

6 Magazine Prof, N° 46, Droit de regard, 6 juin 2020.

7 Idem.

8 Idem.

9 Nebia Bendjebbour, L’Obs, 9 septembre 2020.

10 Sous-titre d’un article du journal l’Humanité du 8/9/2020 : « Les tirer vers le haut dans un environnement hostile » au sujet de la projection du

1 Film de 2015.

2 Gynécologue qui obtint le Prix Nobel de la Paix en 2018.

3 Film de 2017 sur les enfants d’un charbonnage éponyme bien connu prés de Liège.

4 Thierry Michel, Christine Pireaux, L’école de l’impossible, documentaire belge, 2020.

5 Magazine Prof, N° 46, Droit de regard, 6 juin 2020.

6 Magazine Prof, N° 46, Droit de regard, 6 juin 2020.

7 Idem.

8 Idem.

9 Nebia Bendjebbour, L’Obs, 9 septembre 2020.

10 Sous-titre d’un article du journal l’Humanité du 8/9/2020 : « Les tirer vers le haut dans un environnement hostile » au sujet de la projection du film par la chaîne ARTE.

Marie-Hélène Dacos-Burgues

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