Patricia RIEFFEL. “Après Calais

Respiration. Éd. La chambre d’échos, 2023, 152 pages

Marie-Hélène Dacos-Burgues

p. 59-60

Bibliographical reference

Patricia RIEFFEL. Après Calais. Respiration. Éd. La chambre d’échos, 2023, 152 p., 15 €

References

Bibliographical reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Patricia RIEFFEL. “Après Calais” », Revue Quart Monde, 268 | 2023/4, 59-60.

Electronic reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Patricia RIEFFEL. “Après Calais” », Revue Quart Monde [Online], 268 | 2023/4, Online since 01 December 2023, connection on 23 February 2024. URL : https://www.revue-quartmonde.org/11242

Dans ce livre dense, émouvant, riche, il est question de migrants dispatchés aux quatre coins de la France au moment où on a voulu évacuer la zone de Calais dans laquelle ils se cachaient. Ils sont arrivés au Pays basque, région qu’ils ont choisie sur une carte pour sa proximité avec la mer. Ils se retrouvent à l’intérieur des terres, attendant leurs papiers. Ils sont douze.

« Fragiles comme du verre, il nous faut veiller à leur parler comme on approche le merle, comme on parle au cristal posé en équilibre entre le jour et la nuit, autrement ils cassent et ils s’évanouissent, on ne les voit plus pendant des jours jusqu’à ce que quelque chose ou quelqu’un les reconstitue. » Ainsi s’exprime avec tendresse Patricia Rieffel, une bénévole, professeure de français, l’auteure du livre. Parlant des migrants elle dira d’eux, un peu plus tard, qu’ils sont les Amis d’Afrique, puis encore plus tard, lorsqu’ils auront obtenu leurs papiers, qu’ils sont des réfugiés.

Le beau texte qu’elle nous offre, issu de son journal intime, est organisé en très courts chapitres, autour des différentes leçons sur la langue et de la multitude de questions qui se posent à eux, à elle. C’est un long monologue introspectif pour arriver à comprendre ces personnes dont elle a un peu la charge. Passé, présent, avenir s’entrechoquent avec poésie surtout, distance essentiellement, et empathie nécessairement. La proximité est tout entière dans le souci qu’elle a de les honorer en respectant leur silence. À peine cite-t-elle tel ou tel événement, comme un rendez-vous obligatoire à l’OFPRA1, telle ou telle bizarrerie de leur langage, comme quand ils disent « il fait pluie », formule calquée par eux sur « il fait soleil ». Plus longuement parle-t-elle des sorties qu’ils font ensemble, à la médiathèque, à l’Océan, vers les Pyrénées, à Lyon. Enfin, avec un peu de crainte parle-t-elle de l’issue de ces deux ans d’attente, de l’intégration qu’ils ont faite des mots et des usages de leur nouveau pays. C’est un premier ouvrage à diffuser largement.

1 L’Office français de protection des réfugiés et apatrides est un établissement public administratif créé par la loi du 25 juillet 1952. En charge de

1 L’Office français de protection des réfugiés et apatrides est un établissement public administratif créé par la loi du 25 juillet 1952. En charge de l’application de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, puis de la Convention de New York de 1954, il statue en toute indépendance sur les demandes d’asile et d’apatridie qui lui sont soumises.

Marie-Hélène Dacos-Burgues

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