Gens du voyage

Jean Augereau

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Jean Augereau, « Gens du voyage », Revue Quart Monde [Online], 177 | 2001/1, Online since 05 August 2001, connection on 16 April 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/1635

Que vivent aujourd'hui en milieu rural des familles appartenant traditionnellement au monde du voyage ? Un témoin privilégié nous en livre ici quelques brefs aperçus.

Index de mots-clés

Gens du voyage, Monde rural

Index géographique

France

Un « manouche » qui a fait quelques années de prison, qui a traîné sur tous les chemins de la région avec une camionnette pour tout logement, s’est exprimé devant les caméras, lors de la Journée du refus de la misère, le 17 octobre dernier. Il a dit avec émotion : « C’est la première fois de ma vie que je n'ai pas honte car, depuis trois mois, j’ai du travail, j’ai un salaire, je trie les ordures de la ville, et mes petits à l’école disent : “Papa a du boulot !” ».

Les gens du voyage, dans une région rurale comme la Vendée, ont bien évolué, mais pas tous de la même façon. Il y a des niveaux différents d’évolution !

Certaines familles ont acheté un terrain, souvent dans un village, parfois une vieille ferme qu’ils ont restaurée. Ils font la cuisine dans la maison, reçoivent la famille dans la grande pièce, mais ils dorment dans les caravanes rangées dans la cour.

D’autres ont seulement un bout de terrain, parfois très isolé car ils ont peur des sédentaires du pays (et c’est réciproque !). Ils y mettent leurs caravanes pendant l’hiver, et au beau temps ils reprennent la route.

D’autres vivent encore comme il y a cinquante ans, chinant de porte en porte, et souvent rejetés par les autres habitants, qui trouvent tout moins cher dans les grandes surfaces.

Même ceux qui sont installés depuis une dizaine d'années au milieu d’une population rurale qui les accepte mieux qu'avant, se voient souvent chassés par un maire ou par un plan d’occupation des sols qui veut supprimer toutes ces habitations provisoires qui font un peu « bidonvilles ».

Le travail saisonnier (pommes de terre, salades, radis, vendanges) a tendance à diminuer beaucoup. Les dépôts d’ordures qui faisaient la joie des ferrailleurs sont désormais fermés. Le travail est donc de plus en plus difficile à trouver pour les familles qui parcouraient auparavant toutes les routes rurales. A tel point que ces familles mettent toute leur énergie à « mendier » des assistances diverses auprès des services sociaux.

La sédentarisation semble à certains égards un progrès : les enfants fréquentent l’école. Mais la conséquence : des familles n’osent plus bouger, des hommes ne font plus rien, ne trouvent plus de travail et vivent uniquement du RMI 1 et d'autres allocations.

Il y a, dans les banlieues des villes et dans les campagnes, des familles de « voyageurs » qui se « bidonvillisent » ! Elles progressent sur le plan de la scolarité des enfants, elles s’insèrent localement, elles sont mieux connues des habitants des villages proches, mais, perdant leur liberté et leurs coutumes, elles régressent sur d’autres points.

Le même voyageur, qui disait n’avoir plus honte, a ajouté devant les caméras : « La misère pour moi et ma famille, c’est comme un pantalon : parfois il est propre, parfois il est sale, parfois il a des trous... mais je suis toujours dans mon pantalon ! »

Que ce petit tableau des « gens du voyage » en milieu rural ne soit pas négatif ! Il y a des familles heureuses qui font face aux difficultés avec courage et qui s’adaptent malgré tout. Il y a des associations, des enseignants et des travailleurs sociaux qui les accompagnent avec respect, et des voyageurs qui se prennent en main et ont le souci des autres. Déjà, n’avoir pas honte... c’est un progrès !

1 RMI : Revenu minimum d’insertion.
1 RMI : Revenu minimum d’insertion.

Jean Augereau

Jean Augereau est prêtre catholique, aumônier des populations gitanes en Vendée.

CC BY-NC-ND