Participation, au-delà des mots

Monique Couillard

References

Electronic reference

Monique Couillard, « Participation, au-delà des mots », Revue Quart Monde [Online], 154 | 1995/2, Online since 05 December 1995, connection on 06 April 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/2919

Un programme européen pour l’intégration économique et sociale des groupes les moins favorisés a donné une grande place à la participation des personnes qui voulait atteindre. Récit et réflexion.

Index chronologique

1995/2

« Susciter et permettre la participation des personnes en situation de pauvreté et de précarité ». C’est ainsi qu’à été formé le projet initial assigné au groupe de pilotage « Citoyenneté sociale » du IIIème Programme européen pour l’intégration économique et sociale des groupes les moins favorisés de la Communauté européenne.

Parce que nous ne voulions pas construire un ghetto, mais créer un dialogue, nous avons tenté d’atteindre et de rassembler dans un travail commun à la fois des citoyens ordinaires – ni professionnels de l’action sociale, ni directement concernés par la pauvreté -, des personnes qui vivaient momentanément un « accident de parcours » et d ‘autres qui portaient déjà une longue histoire d’exclusion.

Nous avons voulu aller jusqu’au plus défavorisé. Nous avons attendu et cherché sa participation même lorsqu’au départ lui-même ne semblait pas la revendiquer. Pourquoi ?

A première vue, cela ne semble pas logique. En effet, notre pensée est façonnée par notre histoire. Et notre histoire nous a habitués à penser que les droits ne se reçoivent pas, qu’ils se gagnent par la lutte, le rapport de force. Cette histoire risque cependant de nous rendre impitoyables envers les plus faibles, ceux trop usés par la vie pour prendre encore part à nos combats. Si la loi du plus fort est une réalité « naturelle », il s’agit là d’une loi animale et, d’après Michel Serres, « l’homme n’est arrivé à l’humanité, l’homme n’est advenu, que lorsqu’il rompt avec la loi du plus fort (…)  Nous sommes devenus des hommes parce que nous savons respecter l’homme faible, l’homme fragile, l'homme misérable. »1

Ainsi, l’humanité a progressivement construit une autre logique, et des droits fondamentaux ont été reconnus à tout être humain. Et lorsque nous nous engageons dans la lutte contre la pauvreté, nous entrons dans cette logique : nous construisons ensemble pour gagner des droits sûrs, garantis à toute personne.

Les droits de tous les hommes

Car un droit demeure un privilège tant que certains en sont exclus. Même si nous y tendons, nous devons reconnaître que nous ne sommes pas encore parvenus à faire des Droits de l’homme de vrais droits, assurés à tous, sans exception.

Pour avancer vers notre idéal d’humanité, nous avons donc absolument besoin de l’aide d’experts en la matière : ceux qui vivent de manière la plus dramatique toutes les situations de hors droit. Nous avons besoin de celui qui a passé douze ans de sa vie sur les  bancs de l’école, sans avoir appris ni à lire, ni à écrire, pour chercher avec lui comment inventer une école vraiment démocratique, capable d’ouvrir les portes du savoir à tous les enfants. Nous avons besoin, pour réinventer le droit au travail, de celui qui s’est fait engager à treize ans comme manoeuvre et qui, à trente-cinq ans, a déjà cumulé dix ans de chômage. Nous avons besoin des parents dont le foyer a été cassé pour comprendre les conditions nécessaires à tout homme pour bâtir une famille...

L’histoire de leur vie est différente de la nôtre, leur douloureuse expérience leur a donné un autre regard, une autre pensée, un autre savoir…, complémentaires des nôtres, indispensables...

Cette société des droits de l’homme à laquelle nous aspirons, les exclus y aspirent aussi. Un jour, je suis allée travailler pour le programme européen avec Mme A. Elle vivait à cette époque dans des conditions très difficiles : l’eau et l’électricité coupées, sans chauffage en plein hiver. Sur le point d’être expulsée de son logement, elle était, en même temps, dans l’incertitude par rapport aux demandes d’aide qu’elle avait introduites… Elle venait de se séparer de l’homme que, pourtant, elle aimait. Celui-ci, chômeur condamné à verser comme pension alimentaire à son ex-femme la quasi totalité de son allocation, ne pouvait en effet que l’enfermer avec ses trois enfants dans la misère la plus noire. Nous étions en train de réfléchir : qu’est-ce qui est le plus important de tout pour lutter contre la pauvreté. D’un coup, Mme A. s’est arrêtée et m’a demandé : « Monique, pourquoi tu viens chez nous ? » Je lui ai répondu que je venais par intérêt. Elle s’est mise à rire : que puis-je gagner à la fréquenter ? Je lui ai expliqué que je rêvais pour mes enfants d’une société plus humaine et que j’avais besoin de son aide pour la construire.Mme A. m’a regardée, grave et souriante à la fois, et m’a dit : « Alors, tes intérêts sont mes intérêts ».

Voici le cœur de notre démarche de citoyenneté : nous rencontrer profondément, comme des êtres humains. Pour mettre en commun nos expériences, nos savoirs et nos savoir-faire, pour avancer ensemble par la réflexion et l’action vers un objectif commun : à partir de la lutte contre la pauvreté, faire avancer la construction d’une société fondée sur les droits de l’homme. Tout citoyen y a sa part, et particulièrement les plus défavorisés de tous, à cause de leur expérience irremplaçable.

Nous avons donc voulu la participation d'un maximum de citoyens de tous milieux et en priorité des plus démunis d’entre eux. Qu’avons-nous fait ensemble ? Quelle a été notre démarche ?

Le groupe de pilotage Citoyenneté a choisi un objectif : donner voix aux sans-voix pour leur permettre de devenir partenaires à part entière dans l’action. Ont rejoint le groupe de pilotage les associations et institutions qui ne sont reconnues dans cet objectif et qui ont décidé d’y investir des personnes, du temps, de l’argent… Certains, tout au long du projet Pauvreté 3, d’autres plus ponctuellement.

Notre expérience quotidienne de rencontre avec des familles en grande détresse nous avait cependant appris qu’assurer leur représentation n’était pas  simple... Nous connaissions des personnes dispersées, parfois réellement « enfoncées » par le poids d’une vie trop dure, peu à l’aise dans l’expression orale et écrite. Nous devions arriver à constituer un groupe représentatif, capable de participer à l’élaboration, la réalisation et l’évaluation de projets… Un vrai défit !

Nous n’avions guère de théories au départ. Nous avons beaucoup travaillé par essais et intuitions, chaque étape nous menant vers une nouvelle expérimentation. Nous avons cependant pu nous appuyer sur des réalisations antérieures, menées tant à Charleroi ou ailleurs dans le pays, qu’à l’étranger.

Nous avons commencé par réaliser des outils de travail communs. D’abord ce fut le carnet « Solidarité en plus, pauvreté en moins. » Ce carnet présentait le projet Pauvreté 3 et l’action-modèle de Charleroi en termes simples, puis proposait des pistes de réflexion regroupées par thèmes. Des particuliers et une vingtaine d’associations et d’institutions ont diffusé ce carnet. Ils l’ont aussi utilisé pour aller à la rencontre des personnes très démunies et recueillir leur avis. Une mobilisation de proche en proche s’est déclenchée. Ainsi environ la moitié des 159 familles qui ont été en relation avec ATD Quart Monde au cours de ces quatre dernières années ont été amenées par d’autres familles.

Plus qu’une occasion de mobilisation, le carnet a aussi permis de constituer une solide base d’informations et de réflexions. En effet, à côté de chaque rubrique de questions, des pages blanches invitaient à écrire ou faire écrire témoignages, avis, propositions, etc…

Nous apprenions beaucoup . Nous avons voulu rendre à chacun ce qu’il nous apportait et lui permettre, à son tour, de s’enrichir de la contribution des autres. Nous voulions aussi créer un courant d’échanges avec l’ensemble des partenaires engagés dans Pauvreté 3. C’est ainsi qu’est né notre journal tout naturellement appelé... Echanges.

Nous avons très vite aperçu les limites d’un travail souvent essentiellement individuel. Il nous fallait absolument permettre aux personnes de se rencontrer, de se confronter, de réfléchir ensemble pour bâtir progressivement une pensée commune. Certains groupes existaient déjà : le carnet, le  journal Echanges leur ont servi d’outil d’animation. De nouveaux groupes se sont également crées. Les personnes ainsi rassemblées, désireuses de s’enrichir du travail mené dans les autres groupes, ont demandé des rencontres bilatérales, puis générales, pour parvenir à un véritable travail commun. C’est ainsi qu’est né, en mai 1992, le comité de concertation. Un an de travail préliminaire a donc été nécessaire pour le mettre effectivement en place.

Que faites-vous de ma parole ?

La représentation des plus défavorisés n’était cependant pas automatiquement garantie pour autant. D’un côté, n’étaient pas prêts à participer à des réunions ceux qui avaient le moins de moyens, ceux freinés par le manque de confiance en eux ou envers les autres, ceux très enfermés par une vie trop dure même s’ils avaient pu éventuellement faire entendre leur voix par les carnets. De l'autre, un travail en vase clos risquait fort d’être limité, dans sa réflexion autant que dans son efficacité.

Nous avons donc constamment travaillé deux axes en même temps. Le premier consiste à bâtir des allers et retours incessants entre le travail collectif, mené en comité de concertation, et la base, c’est-à-dire les participants aux petits groupes locaux aussi bien que les personnes et familles qui ne participent pas régulièrement, ou pas de tout, à ces groupes. Ainsi, chacun pouvait apporter sa part à la réflexion commune et donner son avis sur le travail réalisé par d’autres. Même isolée, chaque personne pouvait entrer dans la démarche collective.

Le deuxième axe consiste à bâtir le dialogue avec les autres groupes de pilotage. Parfois, ce dialogue s’est noué avec l’un ou l’autre membre de ces groupes, éventuellement délégué officiel pour les représenter. Mais surtout, un véritable partenariat s’est établi dans la durée entre personnes en situation de pauvreté, rassemblées au sein du comité de concertation, et plusieurs groupes de pilotage, en vue d’atteindre ensemble des objectifs précis.

Ce travail commun a mis en évidence la richesse d’une telle démarche. Les plus démunis apportent une connaissance fine des réalités vécues et des efforts déjà entrepris. Ils ont l’art de faire la part entre l’accessoire et l’essentiel. Ils portent le souci de ceux qui ont la vie la plus dure, de ceux que l’on risque trop facilement d’oublier. Les groupes de pilotage, mais aussi les simples citoyens qui se sont investis dans ces rencontres, connaissent les rouages de la société sous d’autres angles. Ils ont la capacité de mettre au point les aspects plus techniques d’une proposition. Ils sont aussi mieux placés pour enclencher des mécanismes, pour servir de relais vers les niveaux de compétences efficaces.

Les personnes en situation de pauvreté ont très souvent l’expérience de ne pas être crues ou comprises. Ce qu’elles vivent paraît parfois invraisemblable. En disant « il faut nous donner du poids », elles relèvent que leurs partenaires assurent un autre rôle, irremplaçable, dans le travail commun : celui de leur permettre de mieux rassembler leurs idées pour s’exprimer de manière plus cohérente, plus argumentée, plus « recevable ». Plus encore, des personnes engagées au jour le jour à leur côtés viennent renforcer leur témoignage. Je me souviens ainsi de plusieurs séances de travail où l’on s’apprêtait à balayer automatiquement les propositions faites par les familles très démunies, les réalités qu’elles rapportaient paraissant tellement incroyables. Mais comme plusieurs partenaires, très différents les uns des autres, ont confirmé les faits, les propositions ont alors été étudiées sérieusement et mises en pratique dans les semaines suivantes.

On nous pose parfois la question : « Qu’avez-vous fait de concret ? Qu’est-ce que votre action a provoqué comme changement ? » Quelques chiffres disent la portée et les limites de ce que nous avons pu réaliser au cours de ces quatre années. Vingt-cinq associations ou institutions se sont mobilisées, durablement ou pour un temps, pour permettre à plus de 450 familles en situation de pauvreté ou de précarité de participer à la démarche. Pour une centaine d’entre elles, le travail s’est fait, plus ou moins régulièrement, à domicile essentiellement. Plus de 150 personnes on participé au moins à une réunion. Pour la plupart de ces familles, leur participation n’a pas débouché sur une amélioration de leurs conditions de vie alors qu’elles sont confrontées durement au chômage, aux problèmes de logement, aux difficultés à tenir les fins de mois avec un budget trop serré etc.

Il importait donc d’être clair dès le départ. Aux personnes que nous avons invitées à participer à Pauvreté 3, nous n’avons rien promis, sauf de les prendre au sérieux. Nous avons demandé leur aide afin de chercher avec elles des méthodes, des chemins pour refuser la pauvreté et la misère. Pour faire avancer le droit, sans que nous puissions garantir qu’elles en profiteraient directement.

Je crois que nous avons été bien compris. Aujourd’hui, en fin de programme, elles nous interpellent, non pour se plaindre que leurs conditions de vie ont peu évolué, mais pour nous interroger : « Vous m’avez demandé mon avis, qu’en avez-vous fait ? »

C’est dans le domaine du logement - première priorité choisie par le comité de concertation - que nous avons pu aller le plus loin, dans les réalisations pratiques avec le groupe de pilotage Logement. Nous avons, ensemble, mis sur pied le « Fonds de solidarité pour les garanties locatives » qui accorde des prêts sans intérêt à des locataires à très faible revenu. Nous avons lancé ensemble une campagne d’information sur le droit au logement : sondage pour connaître les meilleurs canaux capables d’atteindre des personnes peu scolarisées, film vidéo, animation, fiches d’information sur la législation, etc. Tous ces outils ont été élaborés, réalisés, utilisés avec la contribution active de personnes en situation de grande pauvreté, membres du comité de concertation. Ce faisant, certaines d’entre elles ont acquis une vraie compétence et s’engagent à présent comme « relais » dans leurs quartiers, à la fois pour diffuser l’information et pour soutenir leur voisinage dans ses démarches.Dans le domaine de la santé, seconde priorité déterminée par les membres du comité de concertation, nous n’avons pas pu obtenir des résultats similaires, faute de temps. Un questionnaire a été élaboré en groupe de base et mis au point avec des intervenants sociaux et des professionnels de la santé. Nous l’avons utilisé pour recueillir des avis et témoignages  de plus de cent personnes en situation de précarité ou de pauvreté. Ce travail a servi de base à des rencontres durant lesquelles le dialogue avec des professionnels a permis d’affiner la connaissance, de mieux cerner les obstacles, de dégager des propositions prioritaires en vue d'avancer vers le droit à la santé pour tous.

Un résultat, moins concret à première vue, doit aussi être souligné : une nouvelle dynamique s’est mise en place. « Aujourd’hui, nous disent des responsables du projet Pauvreté 3 à Charleroi, il n ‘est plus imaginable de construire un projet de lutte contre la pauvreté sans prévoir la participation de ceux qui la vivent. » Ils ont découvert qu’une telle participation était possible et bénéfique.

Des membres du comité de concertations affirment que, si leurs conditions matérielles n’ont pas changé directement avec Pauvreté 3, la participation au programme leur a donné de nouveaux moyens pour faire face aux difficultés, pour défendre leurs droits, pour participer à la construction de l’avenir en tant que citoyens.

Il ne faut cependant pas se leurrer. De telles avancées restent fragiles, à tous les niveaux. D’abord, en ce qui concerne la mobilisation des personnes en situation de pauvreté ou de précarité. Ce qu’elles ont vécu les ont rendues plus fragiles que d’autres. Mêmes celles qui nous paraissent plus dynamiques aujourd’hui risquent à tout moment de basculer à nouveau lorsque la vie redevient plus difficile. Nous en connaissons ainsi qui ont été de toutes les réunions dans les premiers mois et qui pourtant, aujourd’hui, ne peuvent plus participer que si nous allons les voir chez elles. Nous sommes aussi frappés par le poids des problèmes de santé qui réduisent les capacités effectives de participation, pour des périodes plus ou moins longues.

Nous ne pouvons donc jamais nous appuyer avec certitude sur un groupe de base fort qui n’exigerait que peu d’investissement humain. Ainsi, pour 450 familles atteintes par l’action, seulement… quatre personnes ont pu participer régulièrement aux réunions, depuis le début du programme jusqu’à la fin. Bien sûr, plusieurs ont pris le train en  marche. Mais nous n’avons aucun exemple de personne en situation de grande pauvreté qui ait pu s’engager durablement dans le programme Pauvreté 3 sans soutien suivi !

Alors demain, il ne suffira pas de dire : « La participation des personnes en situation de pauvreté, c’est essentiel ! » Leur donner la parole, leur donner place pour bâtir des projets avec elles, c’est déjà un projet en soi qui exige des investissements. Je voudrais également souligner d’autres risques, liés au manque de moyens. Nous souhaitons tous – et tout naturellement – obtenir des résultats concrets, visibles, aussi rapidement que possible. Mais si nous allons trop vite, ceux qui ont le moins de moyens seront très vite mis hors course ou, pire encore, manipulés.

Habituellement, pour tout un chacun, parvenir à dialoguer véritablement avec des personnes qui ont des références, un langage et une expérience… très éloignés des siens requiert un certain apprentissage. De même, quand on a reçu peu d’instruction, quand on n’a pas l’expérience de participer à des projets de cette nature, il faut du temps et toute une formation pour arriver à mettre ses idées en mots, en phrases, pour pouvoir communiquer ce qu’on a à dire, pour pouvoir écouter et comprendre ce qui se dit, se pense, se vit ailleurs.

Les premiers citoyens

Ainsi, durant ces quatre ans, nous avons exploré des chemins sur la route des droits de l’homme. Nous avons été guidés par des personnes qui ont pris du temps et de la peine alors même qu’elles devaient faire face à la précarité, à la pauvreté, parfois à la misère.

Nous avons beaucoup appris ensemble. Nous sommes aujourd’hui persuadés qu’une ville, ou un pays, qui ignore les efforts, l’expérience et la pensée de ses habitants les plus démunis se prive d’un apport capital pour avancer vers une société plus humaine, davantage capable de garantir le respect des droits de l’homme à tous ses citoyens.

Mais des mois, des années, parfois des générations d'exclusion ne s’effacent pas d’un coup de baguette magique. Une société qui veut s’enrichir de la contribution de tous ses membres doit s’y investir dans la durée. C’est là notre défi pour demain.

Pauvreté 3, le programme européen

De 1990 à 1994, le troisième Programme européen de lutte contre la pauvreté portait sur un budget de 5,5 millions d’Ecu (1 Ecu = env. 40 FB ou env. 7 FF), pour soutenir « l’identification de pratiques et de politiques nouvelles en matière de lutte contre l’exclusion sociale ».

Quarante et un projet pilotes, situés dans les douze Etats de l’Union européenne ont été soutenus par la Commission européenne. Ces projets se divisaient en vingt-neuf actions-modèles, de plus grande dimension, et douze initiatives novatrices s’attachant à des publics ou des programmes plus spécifiques.

En Belgique, trois projets ont fait partie de Pauvreté 3 : les actions-modèles d’Anvers et de Charleroi, l’initiative novatrice d’Eupen.

A Charleroi, comme pour toutes les actions-modèles européennes, la stratégie développée repose sur 3 principes fondamentaux : 1) approche « multidimensionnelle » des phénomènes de pauvreté ( l’action englobe différents aspects) ; 2) partenariat entre acteurs publics et privés ; 3) participation de la « population cible » aux actions qui lui sont destinées.

Cinq partenaires se sont associés à la ville et au Centre public d’aide sociale ( CPAS) de Charleroi :le Mouvement ATD Quart Monde, la Ligue des familles, le Mouvement ouvrier chrétien, Présence et Action Culturelles et la section CPAS de l’Union des villes et communes belges.

Différents groupes de pilotage : citoyenneté sociale, logement, réinsertion socio- professionnelle, maison de la solidarité, développement culturel, aide sociale, actions globales de quartier, ont permis d’associer un maximum d’acteurs économiques, sociaux et culturels.

A quoi bon avoir des projets pour les plus pauvres si ces derniers n’ont pas le droit à la parole, le droit d’être d’abord eux-mêmes en projet, de participer et de s’impliquer concrètement, de maîtriser et d’évaluer ce qui se fait en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion ?

Cette question, posée au départ du programme, s’est transformée en un défit exigeant : faire de l’action-modèle de Charleroi un lien concret d’expérimentation d’une démarche de participation dont les plus pauvres sont partie prenante et les acteurs agissants. Un des groupes de pilotage a été chargé de réaliser cet objectif et de veiller à ce que la « citoyenneté » ne soit pas un vain mot.

1 Voir Quart Monde n°145, 1992/4.
1 Voir Quart Monde n°145, 1992/4.

Monique Couillard

Monique Couillard, belge, mère de trois enfants, est volontaire permanente du Mouvement ATD Quart Monde depuis 1990, après y avoir été bénévole engagée pendant dix-huit ans. Elle préside le groupe de pilotage « Citoyenneté sociale » du IIIème "Programme européen pour l’intégration économique et sociale des groupes les moins favorisés" ( communément appelé Pauvreté 3) à Charleroi, de 1990 à 1994, et participe à ce titre au comité directeur de ce programme.

CC BY-NC-ND