N° 163, 1997/3   •  Des @utoroutes pour tous
Dossier

Des @utoroutes pour tous

Louis Join-Lambert
  • publié en septembre 1997
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1997/3
Texte intégral

Société de la communication, modernité, mutation des accès aux savoirs, voilà les trois fils rouges de ce dossier.

Le premier article part du quotidien d'une cité populaire réelle dans une grande ville. L'auteur et son épouse y vivent dans le dessein de rétablir une communication profonde avec les sans voix, une communion disait le père Joseph Wresinski qui a dégagé les exigences d'une telle démarche avec le volontariat d'ATD Quart Monde. J'ai proposé le pseudonyme de Jean Compran à cet auteur qui cherche le sens de tant de gestes généralement tenus pour négligeables. Voici trois des enjeux de la communication qu'il décode :

Vouloir vivre ensemble. Quoi de plus simple et de plus fondateur d'une société citoyenne. Cette aspiration demeure malgré la violence et l'enfermement qui l'étouffent. Elle exige la communication entre les habitants en conflit.

Trouver les voies de la considération des uns pour les autres. On ne peut communiquer sans respect mutuel. Mais un tel respect est extrêmement difficile à bâtir dans ce quartier reclus, totalement déconsidéré par le reste de la ville.

Permettre aux personnes de se développer. « Faire société ensemble », c'est plonger les personnes dans un bain de communication. Mais cela ne suffit pas pour permettre le développement de leurs capacités intellectuelles et affectives. Il est nécessaire que leur être soit reconnu par autrui : « Quelqu'un aimera t-il mes enfants ? »

Les préjugés, le mépris, présents dans une culture, font  avantage obstacle à la communication que les différences entre cultures, ou l'éloignement physique entre des personnes qui s'estiment. Internet  peut « abolir » les distances géographiques en transmettant rapidement l'information pour un coût faible et décroissant. Mais peut-il aussi abolir la déconsidération qui mine les raisons de vivre ensemble ?

Le « Lutibus » est un projet pilote qui s'appuie sur Internet dans ce but. Il s'adresse aux enfants, si prompts à franchir ingénument les barrières sociales, les frontières des préjugés et des habitudes. Il leur permet de s'offrir les uns aux autres des pierres précieuses, qui témoignent avec éclat que la Terre est peuplée de champions du bonheur.  Puis, il les branche ! Les enfants « cliquent » alors, entre expériences authentiques et imaginations sincères, sur un réseau de la confiance et de l'ouverture à l'autre.

Internet symbolise la modernité. D'un milieu social à l'autre, la même technique futuriste entre en résonance de façon différente avec les expériences de vie acquises. Bruno Tardieu décrit ce qu'a induit l'introduction de l'ordinateur dans une bibliothèque de rue à New York. Parce que futuriste, Internet provoque l'intérêt.

Bruno Oudet voit une conjoncture Internet qui offre aux personnes, la possibilité de participer activement au monde qui est en train de s'inventer. Le temps n'est-il pas alors venu de solliciter là des partenariats avec les plus défavorisés ? Michel Elie, lui, livre une réflexion à partir de ceux que le titre de ce dossier identifie implicitement à des piétons. Où sont les chances à saisir avec ceux qui risquent de ne pas avoir accès aux autoroutes ?

Internet bouleverse nos rapports aux savoirs. Michel Serres ouvre d'optimistes perspectives actuelles et prochaines. Les privilèges vont être ébranlés. Mais il faut redoubler d'inventivité avec les laissés pour compte du savoir, pour qu'ils participent à la prise de cette Bastille.

Philippe Quéau s'interroge lui aussi sur ces transformations. Inquiet des illetrismes nouveaux, il dégage des responsabilités nouvelles de l'enseignement et en appelle à une autre vision de la citoyenneté que nous voulons.

Faire société, le but reste identique et primordial. Internet ne le change pas, et, en soi, n'y répond pas. Les hommes et non les chapelets de satellites, les fils de téléphone, les tonnes de papier imprimé, font société. Cependant, les nouveaux moyens de communication donnent des sociétés différentes. Les plus défavorisés ont droit à celle d'aujourd'hui, et doivent en être totalement partie prenante pour que l'humanité puisse parler de communication vraie. Alors on pourra parler de la Terre comme d'un seul village.

Pour citer cet article Louis Join-Lambert, « Des @utoroutes pour tous », Année 1997, Revue Quart Monde, Des @utoroutes pour tous, Dossier, mis à jour le : 26/06/2018,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/391.