Rapport de l’atelier n°3

Rédaction de la Revue Quart Monde

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Rédaction de la Revue Quart Monde, « Rapport de l’atelier n°3 », Revue Quart Monde [Online], Dossiers & Documents (1992), Online since 19 April 2010, connection on 21 September 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/4523

Atelier animé par Monsieur Samuel Guinard de l’U. R. E. I

Les formations en alternance pour les adultes en situation d’exclusion

Les travaux de l’atelier se sont déroulés en deux temps : d’une part trois exposés précis et clairs ont été faits par Monsieur Roland Kastler de la Délégation Académique à la Formation Continue, Madame Danielle Vuillermoz, Formatrice à la S.E.P.R et Monsieur Jacques Perraud, Représentant l’U.R.E.I. Rhône-Alpes.

Monsieur François Charmettant, administrateur à PROMOFAF2 a fait une courte introduction en insistant sur les « s » de « quelles formations » et donc la nécessité d’une pluralité d’interventions, sur son souhait de voir également traité par l’atelier le problème de l’orientation et son constat d’un dispositif existant et qui a le mérite de l’être, mais un dispositif largement perfectible.

Monsieur Roland Kastler a évoqué l’action de son service qui coordonne les services de l’Education Nationale en direction de la formation continue. Les G.R.E.T.A.3 s’adressent à plusieurs types de personnes et ont pour rôle d’une part de former les salariés de l’entreprise et, d’autre part de former les demandeurs d’emplois.

Pour cela, l’Education Nationale a remis en cause ses procédés, et ce depuis 5 ans, en intégrant davantage l’évolution des exigences de l’entreprise et en analysant ce qui a fait qu’une personne est au chômage. Au terme de cette réflexion, elle s’est donné de nouveaux objectifs pour aider à une insertion professionnelle et sociale.

Voici quelques points de cette réflexion :

- Il est illusoire de proposer à quelqu’un une action de formation sans avoir identifié au préalable son projet. De ce fait, il faut se donner du temps pour construire ou reconstruire ce projet. Pour cette construction et en complément, il faut proposer un bilan, non pas forcément des carences mais surtout des acquis, des potentialités mais aussi peut être des savoir-être. Par souci déontologique, le résultat sera la propriété exclusive de la personne.

- Pour la formation, qui doit être une démarche volontaire, il faut proposer peut-être d’abord un chemin pré-qualifiant puis qualifiant, et valider des acquis mais pas dans le cadre du « tout ou rien. »

- Enfin, il est essentiel de ne pas faire du « coup par coup. »

Madame Vuillermoz s’est référée à son action de terrain : sur les 75 personnes prises dans le cadre de l’action d’ATD Quart Monde et qui avaient de 25 à 48 ans, 15 personnes étaient illettrées ou proche de l’illettrisme, d’où la nécessité de construire une méthode adaptée.

Voici les constats :

- L’équipe de formation doit être nécessairement réduite pour ne pas multiplier le nombre d’intervenants. Ceux-ci doivent être disponibles et non pas faire quelques vacations.

- Il faut une cohérence pédagogique, et faire le choix d’une individualisation des parcours, mais également d’un travail en groupe pour plus de dynamisme.

- Il y a enfin nécessité d’un partenariat, la démarche pédagogique devant s’appuyer sur les actions réalisées réellement dans l’entreprise, la formation s’inscrivant dans la durée pour une démarche progressive vers l’autonomie.

Jacques Perraud est parti sur un constat : certaines personnes sont louées pour leurs qualités et leurs performances alors qu’elles sont parties d’un niveau scolaire et professionnel bas. Elles ont donc mis en œuvre des mécanismes exemplaires qu’il faut mettre à jour.

Il faut rompre avec une conception mécaniste, pénalisante et arriver à des actions faites d’aller et retour, ce processus alimentant la suite du parcours.

Il a cité des expériences menées notamment ai Québec que, malheureusement, on ne peut retracer dans le cadre de la durée de carte intervention.

Le débat qui a suivi a porté sur les points suivants :

L’insertion est devenue un métier qui nécessite des compétences. Tout le monde s’est accordé sur la nécessité d’inscrire l’action dans la durée permettant seule l’installation d’une trajectoire d’insertion. Cette durée ne doit pas être forcément de date à date et la trajectoire n’est pas forcément linaire. Certains ont malgré tout parlé de la « dynamique de l’échéance ».

Il est indispensable de construire un projet professionnel mais pas une construction de laboratoire : travail en partenariat, en réseaux dans et hors de l’entreprise, ce partenariat ne doit pas être la dilution du projet de chacun.

Il faut également éviter les constructions trop compliquées perdant la personne dans un dédale de partenaires multiples.

Par contre, qualification et emploi ne sont pas nécessairement liés. Pourtant, il existe parfois des décalages entre la réalité de l’entreprise et une certaine rigidité des programmes de formation.

Le travail en Entreprise d’Insertion par exemple, est d’abord un travail concret avec un statut bien repéré. La formation met parfois en chantier trop de modules à la fois et quelquefois en première ceux parmi les plus théoriques.

Le groupe a enfin beaucoup insisté sur les disparités des statuts et des rémunérations que les intervenants précédents ont parfois évoquées. Cela occasionne un certain nombre de difficultés dans le cadre du groupe, une personne étant sous un statut avec, par exemple 1 600 Francs de rémunération, l’autre étant sous un autre statut avec une rémunération au SMIC ; l’un ayant un statut pour quelques mois, l’autre pour plusieurs années.

Enfin, si les entreprises souhaitent des personnes de plus en plus qualifiées, il nous semble qu’il existe toujours des places pour des personnes ayant un réel savoir-faire sans nécessairement posséder, par exemple, un C.A.P.

Monsieur Emerard, directeur de la Formation Professionnelle au Conseil Régional

L’orateur vient de présenter en introduction la pluralité des expériences, d’où l’intérêt d’une telle journée car il est vrai que face à des situations aussi diverses que celles qui nous sont soumises, les réponses et les acteurs sont très nombreux ; il est très utile parfois de « capitaliser » ces expériences et ces acquis.

S’agissant des réponses que l’alternance peut apporter, je ferai quatre remarques :

1) L’alternance est ici à sa place parce qu’elle répond tout d’abord à un problème de dignité. Je crois que l’exigence de l’homme au travail, de la réinsertion par le travail, du travail comme justification et condition d’un salaire, a ici toute sa place. Par conséquent, l’alternance peut être la réponse à la situation des gens en difficulté. Je dois  aussi dire qu’elle peut être plus encore la réponse à la situation d’un flux croissant de personnes en difficulté.

En effet, comme vous l’avez remarqué ce matin dans le carrefour, s’il s’agit de traiter une population existante, un stock en quelque sorte, il s’agit tout autant d’arrêter qu’il augmente.

De ce point de vue-là, il faut faire quelques remarques sur l’alternance comme élément sans doute très important - ce n’est pas le seul mais il est essentiel - pour l’ajustement de plus en plus nécessaire de la formation et de l’emploi.

Il y a là aujourd’hui en France encore deux mondes qui s’ignorent ou qui fonctionnent selon deux logiques différentes, et leur ajustement n’a rien d’évident. L’alternance peut être un des instruments de cet ajustement permanent et à tous les niveaux

De ce point de vue-là, l’alternance n’est bonne que si elle est respectueuse du long terme et non pas un processus conjoncturel. Autrement dit, si les entreprises ne trouvent dans l’alternance qu’un avantage économique immédiat et de court terme, elles ne s’y intéresseront pas véritablement et, par conséquent, ce système dérivera car il sera retenu pour ses avantages immédiats et non pour sa valeur de fond.

Ce point me paraît essentiel et nous en avons l’illustration. On sait aujourd’hui les difficultés que connaît l’apprentissage, la question très grave que cela pose notamment au monde de l’artisanat qui l’utilise largement et on voit symétriquement, alors que les emplois existent, combien peu de jeunes s’intéressent à ce système. On citait le chiffre de 1% seulement de jeunes attirés par l’apprentissage dans l’Académie de Grenoble lors d’une récente enquête.

2) Je voudrais insister sur les conditions de l’alternance qui est un système qui nécessite de mettre en jeu trois partenaires :

- L’entreprise et notamment celui qui, en son sein, exercera la fonction tutorale,

- La personne en formation,

- Le centre de formation qui, dans cette affaire est, en quelque sorte, contingent des deux premiers et non pas premier même si  - et le paradoxe est grand -  c’est aujourd’hui lui qui, quelquefois doit faire la promotion du système ; il doit le faire en quelque sorte en s’effaçant.

Dans cette remarque, je voudrais ajouter le rôle central du tuteur qui doit, dans cette activité, avoir des capacités et, plus que tout, une motivation. Il doit avoir le besoin, le goût et la volonté de transmettre son savoir et de transformer celui qu’il forme en quelqu’un de meilleur que lui.

3) L’alternance est un mode pédagogique qui a une particularité essentielle à savoir qu’il part du réel pour abstraire et non pas, comme on le voudrait souvent dans une pédagogie classique, un système dans lequel la mise en situation a pour objet d’illustrer le savoir.

Au contraire ici, il s’agit de partir du réel pour abstraire, c’est-à-dire tirer une loi, une généralisation. C’est là aussi une démarche qui n’est évidente pour personne car elle ne va pas de soi dans un système qui, habituellement, procède à l’inverse.

J’insiste sur ce point notamment pour les adultes car il faut bien souligner que l’adulte a une approche du savoir qui ne peut fonctionner que dans ce sens. En général, il se pose cette question fatale de la finalité : A quoi cela sert-il ?

En général, lorsque l’on est enfant et que l’on se pose cette question, elle est détournée en disant : « Tu verras plus tard. » Mais l’adulte ne peut pas se permettre ce décalage, il veut donc savoir à quoi cela sert et, par conséquent, il convient de respecter cette régie.

4) Ma dernière remarque consistera à dire que l’alternance est probablement le moyen de donner le goût d’apprendre parce qu’elle fait découvrir la nécessité du savoir et, en même temps, l’accessibilité du savoir : « Ceci est important parce que c’est nécessaire, donc je vais l’apprendre et il est possible de l’apprendre puisqu’un autre auprès duquel je travaille, un alter ego, a acquis ce savoir. »

Voilà les quatre remarques que je désirais faire sur l’alternance.

2 PROMOFAF : Fonds d’Assurance Formation du Secteur Sanitaire et Social.
3 Groupement d’Etablissements Rattachés à la Formation Continue.
2 PROMOFAF : Fonds d’Assurance Formation du Secteur Sanitaire et Social.
3 Groupement d’Etablissements Rattachés à la Formation Continue.

CC BY-NC-ND