Atelier C : Connaître un dossier…

Rédaction de la Revue Quart Monde

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Rédaction de la Revue Quart Monde, « Atelier C : Connaître un dossier… », Revue Quart Monde [Online], Dossiers & Documents (2002), Online since 17 November 2010, connection on 21 September 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/4943

Animateur : Denis Gendre. ATD Quart Monde, Val d'Oise.

Participants :

Marie-Madeleine Boulard. Juriste, ATD Quart Monde, Ille et Vilaine.

Elisabeth Duval. Militante Quart Monde, Belgique.

Nicole Graffe. Militante Quart Monde, Luxembourg.

Renée Janda-Leider. Assistante sociale, Luxembourg.

Chantal Joly. ATD Quart Monde, Val d'Oise.

Christine Lepers. Encadrement d'une équipe d'Aide sociale à l'enfance (ASE), Charente- Maritime.

Sophie Leray. Assistante sociale, Val de Marne.

Eric Mangin. Juge des enfants, Var.

Marguerite Masson. Militante Quart Monde, Belgique.

Régine Mordelles. Militante Quart Monde, Ille et Vilaine.

Annelise Oeschger.ATD Quart Monde, Allemagne.

Francis Romano. ATD Quart Monde, Suisse.

Lou Stallaert. ATD Quart Monde, Belgique.

Viviane Zarb-Cousin. Travailleuse sociale, Paris.

Denis Gendre introduit la discussion en demandant aux participants ce qu'ils ont retenu de la matinée de la session par rapport au thème de cet atelier sur les représentations réciproques. Viviane Zarb-Cousin a retenu que « sans parole, il n'y a pas de droit » : les travailleurs sociaux doivent être capables d'écouter ce que les gens ont à dire, et ne pas vouloir leur faire dire des choses qui les confortent dans leur diagnostic de la situation. Cela implique de ne pas utiliser le pouvoir que donne la maîtrise du langage, pouvoir d'autant plus pernicieux qu'il peut se camoufler sous les apparences de la bienveillance.

Marie-Madeleine Boulard souligne que l'état de révolte, voire d'agressivité, dans lequel sont souvent les personnes, renforce encore leur difficulté à s'exprimer et à être écoutées. Il faut pouvoir entendre ce qu'il y a derrière leur souffrance. Viviane Zarb-Cousin invite à comprendre cette colère qu'en tant qu'usager, chacun peut éprouver devant telle ou telle administration ou devant la confusion qu'entraînent les fréquents changements de réglementation. Pour des personnes fragilisées par la misère, elle peut facilement conduire à de l'agressivité. Cela montre l'importance de l'information des parents sur leurs droits et sur les changements du droit. Pour Annelise Oeschger, cela montre aussi qu'on ne doit pas avoir peur des sentiments, comme l'a souligné Gisèle Contrain-Etrayen : s'il y a une colère, c'est qu'il y a quelque chose derrière.

Régine Mordelles réagit à l'intervention de Pauline Mulligan, qui rencontre un écho dans sa propre expérience, elle qui n'a pas vu ses enfants depuis plus de deux mois. Elle s'est vue interrompre ses droits de visite à ses enfants par une nouvelle éducatrice, alors que le jugement prévoit une visite tous les quinze jours. Elle n'a pas reçu d'explication, et attend de passer devant le juge des enfants à la fin du mois. Les deux éducatrices - l'ancienne et la nouvelle - n'ont pas voulu qu'elle soit là - comme elle l'avait demandé - quand elles se sont rencontrées. Du coup, la fille de Régine Mordelles ne s'alimente plus et l'éducatrice l'a appelée ce matin pour lui dire qu'elle allait l'hospitaliser. Christine Lepers considère qu'une éducatrice ne peut pas  interdire à un parent de voir son enfant si une ordonnance précise les choses. Le cas de Régine souligne la nécessité de la transparence : « On ne peut pas travailler avec vous et travailler avec votre enfant sans que les choses soient posées de manière claire,qu'elles soient nommées. » Une suspension de visite ne peut pas intervenir sans qu'elle en sache la raison, ou qu'au moins, on lui dise pourquoi on ne peut pas lui en donner la raison. Régine Mordelles explique qu'elle s'est retenue pour ne pas exploser quand elle a eu l'éducatrice au téléphone : « Je me suis dit : vu la situation où tu es, tu ne vas pas encore compliquer ta situation. » Elle retient l'appel de Pauline Mulligan à garder courage et à résister, mais elle ne sait plus où elle en est. D'autant moins qu'elle est confrontée à cinq intervenants qui ne se coordonnent pas et lui disent des  choses contradictoires : « Dans l'état d'esprit où je suis là, je serais prête à tout capituler, tout lâcher. »

Annelise Oeschger note qu'on n'a pas retenu la proposition qu'avait faite Régine Mordelles, de se rencontrer à trois avec les éducatrices. Or c'était une proposition constructive. Mais ça demande beaucoup d'humilité de la part d'un professionnel de l'admettre. Régine Mordelles indique qu'elle a déjà demandé par deux fois une synthèse avec tous les intervenants, sans résultat. Christine Lepers suggère d'écrire au chef de service concerné en demandant une rencontre avec tout le monde. Normalement, cela devrait se faire avant de rencontrer le juge des enfants.

Viviane Zarb-Cousin relève qu'on demande souvent aux gens en difficulté d'aller mieux que les travailleurs sociaux. Mesure-t-on ce qu'on leur demande, le mépris avec lequel ils peuvent être traités dans les administrations ? Il faut faire les démarches avec eux, et voir ce qu'ils vivent, avant de leur reprocher de n'être pas allés à la préfecture, par exemple, et d'indiquer sur le dossier : « N'a pas fait les démarches dans le temps réglementaire. » Pour Annelise Oeschger, cela se rattache à ce qu'a dit Guy Hardy : il ne faut pas utiliser son pouvoir, mais renforcer la personne, parce que c'est son droit. Christine Lepers remarque que Guy Hardy a aussi expliqué qu'il s'était trouvé en difficulté quand on lui avait demandé de venir participer à un sit-in devant la mairie. Cette démarche de soutien de ce que propose la personne exige du travailleur social un engagement plus militant que celui de « technicien de la relation. » C'est une idée très intéressante, mais comment la mettre en pratique dans un contexte où les services dépendent des élus ?

Régine Mordelles pense que : « De toute façon, même quand on fait ce qu'on nous demande, on n'a pas plus de soutien. Moi, j'ai toujours respecté tout ce qu'on m'a demandé jusqu'à présent. Résultat, je suis toujours dans la même situation qu'au départ. »

Eric Mangin évoque la difficulté d'avoir un échange avec les parents dans le cadre d'une audience : il y a une telle angoisse, notamment vis-à-vis du placement, qu'en réalité, on ne peut pas réellement parler d'un échange même si on est à l'écoute.

Elisabeth Duval lit l'intervention qu'elle a préparée :

« Je commencerai par une réflexion générale, qui, je pense, concerne tous les hommes, qu'ils soient pauvres ou non. Ecouter, être écouté, savoir écouter, et même s'écouter soi-même, ce n'est pas évident. On joue les sourds plutôt qu'écouter. On prend toujours la solution la plus facile.

Les professionnels ont du mal à écouter vraiment. Ils ont du mal à entendre les vraies choses qui sont souvent cachées derrière les mots, derrière les phrases : ça te donne l'impression de ne pas être écouté, compris. De notre côté, nous les parents, on ne veut pas écouter les professionnels parce qu'on ne leur fait pas confiance. On sent toujours un minimum de menace dans leurs paroles, et on préfère se boucher les oreilles à cause de ça.

C'est important de comprendre que, pour accepter une aide, il faut d'abord établir un climat de confiance. Alors seulement le travail peut commencer !

Comment naît cette confiance ?

Pour moi, il faut déjà supprimer totalement les menaces, car sous la menace, on se ferme. Il faut aussi écouter les parents et essayer de faire les choses avec eux. Je vais donner trois exemples de ma vie personnelle pour mieux faire comprendre ce que je veux dire. Dans le premier, je parle d'une expérience négative. Dans les deux autres exemples, je me suis sentie entendue, comprise et soutenue.

1) La confiance doit aller dans les deux sens :

Quand les autorités ont placé mes enfants, ils ne m'ont pas fait confiance en tant que mère. J'ai proposé une solution mais ils n'ont pas voulu y croire parce qu'ils ont vécu d'autres expériences qui étaient un échec et, par précaution, ils n'ont pas essayé de savoir si moi, je serais capable... Je me suis sentie anéantie. J'ai l'impression de ne pas être une bonne mère, d'avoir totalement échoué dans mon rôle en tant que mère. Ils n'ont pas voulu m'entendre. J'ai été déçue parce qu'on ne m'a pas laissé ma chance de prouver que j'étais une mère. Ils n'ont même pas essayé de discuter. Ils ont pris la décision et c'était irrévocable.

2) Mes enfants étaient revenus à la maison et j'ai eu un nouveau juge :

Quand je suis arrivée dans le bureau du juge pour la première fois, j'ai refusé de parler. C'est vrai que j'étais en larmes parce que je repense toujours  à toute l'histoire et quand ils m'ont retiré les enfants. Alors je ne voulais pas en parler avec lui ; il a ressenti ça très rapidement, et il me l'a dit : « Je sais, je comprends très bien que vous ayez peur que je prenne vos enfants. Mais il n'en est pas question parce que ce n'est pas mon but. Mon but est juste de résoudre les problèmes que vous pouvez avoir, parce qu'il n'y a rien de tel qu'une maman pour s'occuper de ses enfants. » Je me suis sentie un peu rassurée. Je dirais « un petit peu » parce que je suis quand même méfiant : on a du mal à faire confiance quand on a déjà eu le cas.

3) Mes enfants et moi, nous avons été suivis par un service mandaté par le juge.

Ce service nous a beaucoup aidés. Leur méthode de travail était excellente. Ce service s'occupe des enfants en difficulté. Ils les accueillent chez eux après l'école, pendant les vacances. Ils font les devoirs avec eux, ils jouent, ils discutent avec eux. C'est important. Mais ils s'occupent aussi du reste de la famille. Ils passaient chaque semaine pour parler.

Il faut voir aussi comment on parle avec des familles.

L'assistant social, il arrivait chez nous, on rigolait, on blaguait. C'était plutôt comme un copain qui venait te dire bonjour. C'est ça qui fait la différence. Il y a quelque chose de différent. Tu te sens à l'aise. On pouvait dire beaucoup de choses, sans avoir peur de les dire. On n'était pas tout le temps basé sur les problèmes, les problèmes, les problèmes. L'assistant social venait à la maison, et voilà. Si j'avais envie de parler, je le disais. Si je n'avais pas envie de parler, je lui disais : « Reviens une autre fois. » Ou alors, on parlait d'autre chose. Et ça, c'est très bien. C'est ça qui était génial.

Qu'est-ce qu'il faudrait pour reconnaître les potentialités des gens ?

D'abord, il faut aider les gens à se sentir mieux. Quand on est dans les problèmes, on se noie. Il faut d'abord aider les gens à ressurgir. Qu'est-ce qui est important pour cela :

- Etre écouté, compris vraiment. Ne pas être jugé.

- Considérer la famille toute entière. Il faut arrêter de vouloir aider seulement les enfants. C'est la famille au complet qu'il faut aider.

- Permettre aux gens de vivre comme ils l'entendent et respecter cela. On vit comme on a envie de vivre ! Il ne faut pas dire aux gens : tu dois faire ci ou ça.

- Aider ne veut pas dire faire à la place des gens. On peut aller avec la personne, mais pas sans elle. Elle doit pouvoir apprendre à faire les choses elle-même, sinon elle n'apprendra jamais.

Ce que les professionnels ont tendance à oublier quand ils s'inquiètent par rapport à nos « problèmes », c'est que nous avons, nous parents, tout un passé de souffrance derrière nous. Nous sommes d'anciens enfants placés ! Et ils nous jugent dans nos soi-disant incapacités ! Ils ne se rendent pas compte de tout ce qu'on fait pour nos enfants !

Ils voudraient qu'on vive comme eux vivent. Comment voulez-vous puisque nous n'avons pas la même histoire ? Et puis moi, je n'ai pas envie de vivre comme eux, parce que sont-ils vraiment plus heureux que nous ?

En conclusion, surtout ne jugez pas. Ecoutez, cherchez à comprendre les gens. Laissez-nous vivre.

Voici ce que disent un père et une mère :

Le père : « Que devons-nous faire pour qu'on nous écoute ? Les travailleurs sociaux devraient vivre la même chose que nous, ne fût-ce qu'un mois, pour comprendre dans quelle galère on est. Ils ne se mettent pas suffisamment à notre place. Je pense qu'ils savent dans quelle galère on est, mais cette galère leur fait peur. Les assistants sociaux et les juges pensent qu'il faut protéger les enfants en les retirant de leurs parents. Nous, les parents, on pense qu'il faut nous aider à sortir de cette galère en nous laissant ce qu'on a de plus important : nos enfants. Ils se sont trompés. Il faut plus d'aide à la famille. »

La mère : « Il faut un accompagnement : qu'on vienne voir à la maison comment ça va, en essayant de comprendre, qu'on aide les parents à trouver eux-mêmes des solutions. Il faut aider les parents à prendre leur courage à deux mains, à grandir, et ne pas les considérer comme des bébés. Ne pas chercher à la place des parents, mais les éclairer pour qu'eux-mêmes trouvent des solutions. Que les parents apprennent sans que d'autres fassent à leur place. Eclairer, c'est demander : qu'est-ce que tu en penses ? ... Il faut encourager les gens. Il suffit parfois de quelques mots gentils, d'un peu d'encouragement. Il faut donner un sens à leur vie. »

La première réaction de Christine Lepers, c'est de se dire qu'elle aimerait bien pouvoir travailler sur un tel écrit, qui pourrait être un véritable outil de travail pour elle et son équipe. Ils essaient de réfléchir à ce que ressentent les familles avec lesquelles ils sont en contact ; mais ce travail serait plus facile à amorcer à partir de cette réflexion extérieure. Elisabeth Duval souligne qu'elle ne vit plus cette situation et qu'elle peut s'exprimer avec davantage de recul et de facilité que quelqu'un qui est dans la difficulté. Christine Lepers insiste sur ce besoin de toucher les gens avec le vécu, avec les émotions que l'on porte : « Que des services aient envie de bouger, que des lois viennent, qu'on renforce des choses, le droit des parents, le droit des familles, c'est important. ça donne un cadre, mais ce n'est pas suffisant. On a besoin de vous pour nous aider à bouger dans nos mentalités. »

Eric Mangin réagit sur la question de la confiance et de la peur. Les familles entrent dans le bureau du juge en ayant peur, en se disant : « Le juge nous a convoqués parce qu'il veut nous retirer nos enfants. » Les détails peuvent avoir beaucoup d'importance pour créer un climat de confiance. Dans son premier poste de juge des enfants, Eric Mangin avait ainsi fait enlever la mention que le système informatique faisait automatiquement figurer sur les convocations (« le juge pourra prendre toutes les mesures, y compris si nécessaire le placement de vos enfants »), en considérant qu'elle était de nature à inquiéter les familles. De même, parce que la loi prévoit qu'il faut convoquer les familles par la voie administrative, c'était la mairie qui envoyait les convocations. Dans les villages, cela pouvait conduire à violer le respect dû à la vie privée des personnes : il a fallu batailler pour qu'elles soient envoyées par la poste. La manière dont on reçoit les gens, dont on va les chercher dans la salle d'attente, tout cela a son importance.

Sur la question du placement, Eric Mangin indique qu'il cherche à atténuer les craintes de la famille en lui indiquant d'emblée, si le signalement ne lui paraît pas devoir déboucher sur un placement, qu'il n'en sera pas question « aujourd'hui » : « Mais en même temps, le seul fait que je dise « aujourd'hui », donc ça veut dire que , peut-être, demain il le fera. En même temps, je ne peux pas non plus jurer, promettre qu'il n'y aura jamais de placement... » Autant il faut réfléchir à ce qu'on peut faire pour qu'une relation de confiance s'installe, pour aider le plus possible les familles afin que les enfants puissent rester en leur sein - parce qu'ils ne sont jamais mieux qu'auprès de leurs parents - autant il y a des situations où on n'a pas d'autre solution que le placement. Dans ces situations-là, il y a un travail d'explication à faire avec les familles. Les parents viennent dans le bureau du juge en se disant : « On est des mauvais parents et le juge va nous punir en nous retirant les enfants. » Mais la loi ne parle pas de bon ou de mauvais parent, elle parle de situations de danger, qui peuvent être telles qu'à un moment donné, le juge estime qu'il n'y a pas d'autre solution que le recours à un placement, le temps que ce danger disparaisse.

Aucun magistrat ne pourra dire : « Je ne placerai jamais vos enfants. »

Comment faire, dès lors, pour qu'au départ il y ait tout de même cette relation de confiance pour qu'on puisse essayer de travailler ensemble avant d'en arriver à cette extrémité ?

Comment éviter le cercle vicieux où la peur du placement entraîne la méfiance entre la famille - qui n'ose pas tout dire au travailleur social - et ce dernier - qui nourrit des soupçons parce qu'on lui ache toute la vérité - et débouche sur un signalement puis un placement ?

Pour Viviane Zarb-Cousin, on ne peut sortir de la contradiction qu'en changeant la représentation que se font les parents du placement, qui est un peu héritée de l'époque où il y avait effectivement une volonté de mettre les enfants à l'écart de leur famille : « Si le placement sert à la famille pour régler des difficultés, je dis : plaçons les enfants ! Si on laisse les enfants dans leur famille, et qu'on n'aide pas  la famille à améliorer sa relation avec ses enfants, ça ne sert à rien non plus. » On ne peut pas se voiler la face en disant : il faut à tout prix que les enfants restent dans leur famille, ou bien, à l'inverse, il faut à tout prix que les enfants soient placés : « Mais cherchons ensemble une alternative pour que le placement ne soit plus vécu comme quelque chose d'irrémédiable et comme un vol d'enfants. »

Elisabeth Duval observe que le plus petit de ses quatre enfants, qui a été placé à deux ans et demi, reste, à onze ans, traumatisé : « Pendant trois ans, il n'a plus parlé. Il s'est fait tabasser par un éducateur. Il y a peut-être des gens qui veulent avancer, mais ce n'est pas le cas dans tous les centres. »

Denis Gendre pense qu'on glisse sur la question du placement alors que l'objet de l'atelier est de voir comment on arrive à mieux se connaître entre professionnels et parents pour travailler ensemble. Viviane Zarb-Cousin observe que si on admet que le placement n'est pas une fin en soi, mais peut être un outil pour aider des gens en difficultés, notre façon de voir le social sera différente. Régine Mordelles demande ce qu'on entend par le mot de confiance : « Moi, chaque fois que j'arrive devant le juge, tout le monde est passé avant moi. L'éducateur, tous les travailleurs sociaux sont passés avant moi, et donc moi, je me retrouve toute seule devant le juge. Je ne sais rien. »

Eric Mangin explique qu'une réforme est prévue pour permettre la communication des dossiers en assistance éducative. La loi devrait être modifiée pour permettre aux familles d'aller au tribunal et lire tout le dossier, avec une exception pour certaines pièces que le juge peut décider de sortir du dossier, par exemple des secrets de famille que les parents connaissent, et non les enfants.

Par ailleurs, les pratiques des juges peuvent varier : Eric Mangin indique qu'il ne reçoit jamais l'éducateur avant la famille. Il reçoit tout le monde en même temps, quitte, après, à faire sortir si certains veulent lui parler seuls. C'est un peu plus compliqué de recevoir tout le monde ensemble, parce que cela crée des tensions, mais cela permet aussi aux parents de savoir où le juge considère qu'il y a un problème.

Elisabeth Duval demande pourquoi on ne pourrait pas plutôt essayer de résoudre le problème avec les parents ? Eric Mangin répond que lorsqu'on en vient à parler de retrait, c'est qu'il y a eu auparavant une mesure à la maison, une mesure d'AEMO, qui devait normalement essayer d'aider la famille à aller mieux, à résoudre ce problème, et que cette mesure n'a pas été suffisante. Il est très rare qu'on retire directement. Pour Elisabeth Duval, cela signifie que la mesure n'est pas adéquate. Eric Mangin observe que le juge n'est pas un magicien, et reste tributaire des moyens qui existent. Pour Elisabeth Duval, les décisions qui se succèdent ballottent les parents d'une personne à l'autre et les contraignent à tout recommencer à chaque fois.

Viviane Zarb-Cousin signale une expérience intéressante, à Nîmes, où un enfant a été « placé » dans sa propre famille, avec un éducateur qui accompagne les parents dans l'exercice de leur fonction parentale ; ce sont des choses à développer. Les enfants n'ont pas besoin d'être 24h sur 24 dans un foyer. Il y a une souplesse à trouver entre juges, travailleurs sociaux, parents, pour soutenir les parents au quotidien.

Eric Mangin revient à la remarque d'Elisabeth Duval. Le but du juge, c'est d'éviter le placement, qui est un traumatisme pour tout le monde, y compris l'enfant : il va donc essayer l'AEMO, même s'il sait que le service éducatif n'est pas parfait : « Mais après, on n'est pas le maître de tout le jeu. Soit ça marche, la famille va mieux et le danger disparaît. Soit le danger persiste, et on est obligé d'essayer autre chose. » Elisabeth Duval objecte que lorsqu'on enlève l'enfant, on plonge les parents encore plus profondément dans leur misère : « Comment voulez-vous qu'ils puissent ressurgir au bout de quelques jours ou quelques mois ? » Eric Mangin pose la question franchement : « Est-ce que vous pensez qu'il ne faudrait jamais enlever les enfants ? »

Denis Gendre indique que la question d'arriver à une meilleure connaissance entre familles et professionnels ne concerne pas que le juge : si l'on arrivait à construire un vrai dialogue entre les familles et tous les professionnels, cela pourrait éviter d'aller chez le juge, ou permettre, si néanmoins on va chez le juge, de le faire dans un contexte plus favorable.

Nicole Graffé lit sa contribution :

« Je trouve que les institutions voient ma famille comme un dossier. Ce qui s'est passé il y a une dizaine d'années, m'est encore reproché aujourd'hui. Je veux que tous les services judiciaires regardent la situation de ma famille comme elle est maintenant et que les personnes « responsables » ne me jugent pas d'après mon passé qui est écrit dans mon dossier.

Je trouve aussi qu'ils me jugent trop vite. Même avant de consulter la famille, le jugement est déjà fait. Le dossier a une trop grande importance. A mon avis, les services devraient travailler « avec » et non « contre » la famille. Il faudrait une aide et non une punition si on a des problèmes.

Actuellement, ma fille est placée provisoirement. Mais depuis quelques mois, on ne m'informe pas de son état de santé, on ne me dit pas ce qui va se passer et comment cela  va continuer, où elle va aller après.

Toute ma famille - et moi-même aussi - nous nous sentons coupables. Actuellement, nous devons attendre le jugement et nous devons nous conformer aux exigences du service.

Malgré tout cela, je veux garder mon courage et tout faire pour que ma fille puisse retourner chez nous. »

Annelise Oeschger trouve très intéressant que Madame Graffé parle des « institutions », qui voient sa famille comme un dossier : elle n'a pas parlé des juges ou des travailleurs sociaux. C'est révélateur de la dépersonnalisation des relations.

Renée Janda-Leider, qui a préparé la session avec Nicole Graffé, ajoute que la décision du placement est, en l'occurrence, basée sur des suspicions. Ce n'est pas un cas de maltraitance. C'est, comme on le voit souvent, un tas de petites choses qui ne vont pas, et qui, mises ensemble, aboutissent à un placement. Eric Mangin pense à la situation, qu'il a vue récemment, d'une mère venant d'un autre département, et dont l'enfant faisait l'objet d'une mesure d'AEMO. Le service social proposait de continuer la mesure d'AEMO. Or, en discutant avec la mère et en regardant le dossier, il lui est apparu qu'il n'y avait plus aucun élément de danger actuel vraiment pendant. Mais il y avait un tel ensemble - le fait que l'enfant avait déjà été placé, le passé de la mère, qui avait elle-même été placée, etc. - qu'Eric Mangin était d'abord parti pour l'AEMO, « un peu en automate. » Finalement, il a proposé à la mère un nouveau départ, avec une mesure d'investigation type IOE (Investigation d'orientation éducative), avec psychologue et assistante sociale, pour vérifier que les choses allaient mieux. Elle en a été surprise parce qu'elle s'attendait à ce que cela continue. Mais il est vrai qu'à un certain moment, il peut y avoir une espèce d'accumulation d'éléments du passé qui pénalise les gens, quoi qu'ils fassent. De même, comme cela a été évoqué le matin, la résistance des familles à l'intervention des travailleurs sociaux joue contre elles alors qu'on peut la trouver plutôt saine, même si cette intervention est par ailleurs nécessaire.

Denis Gendre observe que dans l'exemple donné par Eric Mangin, c'est le déménagement qui a provoqué le réexamen de sa situation et la sortie du "rail" AEMO. Mais si l'on ne déménage pas, que le juge ne change pas, est-ce qu'il y a un moyen de remettre les choses à plat à un moment donné, de réinterroger un regard sur la famille, regard qui s'est inscrit dans la durée ?

Eric Mangin répond que l'appel permet à un autre juge d'examiner la situation. Mais il est vrai qu'on arrive à des situations scandaleuses où l'appel, de fait, n'est pas possible : si quelqu'un fait appel aujourd'hui d'une décision d'Eric Mangin, la Cour d'Aix-en-Provence va examiner l'appel un an après, pour constater que la première décision de six mois n'a plus d'effet, sans se saisir de la décision de renouvellement du placement si elle est intervenue entre temps. Le projet de loi prévoit cependant que la Cour d'appel va désormais être obligée d'examiner dans les trois mois.

Il y a donc ces mécanismes extérieurs, que sont l'appel, le déménagement, le changement de juge, qui permettent le réexamen des situations. On pourrait inventer, effectivement, une sorte de devoir de vigilance. Il faudrait que chacun, travailleur social, juge, essaie régulièrement de voir le dossier sous un autre angle. On pourrait aussi réfléchir à un mécanisme qui permette à quelqu'un d'autre de voir le dossier.

Christine Lepers constate d'expérience qu'au niveau administratif, les situations peuvent rebondir quand les familles écrivent aux responsables. Il faut utiliser cette possibilité de s'adresser au chef de service, par exemple quand on a un problème avec un travailleur social qui est référent.

Régine Mordelles demande, dans l'impasse où elle se trouve, à qui elle peut s'adresser ? Il est écrit sur l'ordonnance du juge qu'elle a un droit d'hébergement tous les quinze jours, avec un droit de visite : « Le droit de visite, je l'ai obtenu pendant un certain temps, pendant quinze jours ; le droit d'hébergement, je ne l'ai jamais eu. » Répondant à Christine Lepers, Régine Mordelles précise que l'ordonnance mentionne l'accord du service gardien. Eric Mangin souligne cependant qu'en cas de désaccord entre la famille et le service gardien, cela reste au juge d'arbitrer, même s'il est vrai que par manque de temps, le juge peut déléguer ses pouvoirs à l'ASE. Mais si le juge fixe un droit et que l'ASE fait autre chose, c'est une infraction pénale. Marie-Madeleine Boulard signale que Régine a demandé à un avocat de l'aider, vu la complexité de sa situation et la difficulté de savoir à qui s'adresser. Eric Mangin pense qu'il faut que l'avocat écrive au juge pour remettre les choses à plat. Christine Lepers ajoute que l'avocat aura accès au dossier où figure nécessairement la raison de la suspension du droit de visite.

Denis Gendre signale qu'il a en tête d'autres situations où, pour des raisons matérielles, des visites étaient supprimées du jour au lendemain, sans que les familles ne sachent à qui s'adresser pour faire appel. Eric Mangin pense qu'il faut distinguer : il ne peut pas y avoir de réduction du droit pour des raisons matérielles. C'est à l'ASE de se débrouiller : même si l'analogie est un peu douteuse, c'est comme si une prison disait : « Il y a une décision du juge, mais on ne peut pas accueillir ce type-là pour des raisons matérielles. » En revanche, il peut y avoir une réduction du droit parce qu'il y a des éléments de danger nouveaux. S'il y a des suspicions d'infractions pénales, il peut même y avoir un silence volontaire par rapport à la famille pendant le temps de l'enquête. Christine Lepers signale qu'on est alors « pieds et poings liés » : on dit à la famille qu'on doit suspendre la visite, et qu'on n'a pas le droit de dire pourquoi. Eric Mangin ajoute que le juge, pendant ce temps-là, dit au procureur de se dépêcher de faire l'enquête, pour qu'il puisse dire à la famille ce qui se passe.

Marie-Madeleine Boulard signale que les droits des parents sont parfois bafoués dans des cas beaucoup moins graves : elle cite des exemples évoqués lors de la préparation de la session, où l'on a tout simplement oublié d'informer les parents de l'annulation d'une visite le week-end  ou d'un changement de famille d'accueil.

Viviane Zarb-Cousin invite à se mettre à la place des familles. Quand on voit comment les jeunes professionnels sont tétanisés en allant à leur première audience chez le juge des enfants, comment demander aux parents, qui sont dans une situation compliquée, d'être bien dans leur peau ? Tout bien intégré socialement qu'on puisse être, si on était encerclé de travailleurs sociaux qui nous adressaient la parole avec derrière la tête, par exemple, un soupçon de rapports incestueux, on ne serait pas à l'aide. « Or, souvent, on s'adresse aux gens comme si c'était facile de venir nous voir, alors qu'eux savent qu'on a un dossier épais sur eux, qu'on a dans ce dossier des choses dont ils n'ont eux-mêmes pas connaissance, qu'on fait référence parfois à des choses qu'on sait d'eux et qu'ils tombent des nues. » Cela n'est pas possible sans accompagnement. Souvent d'ailleurs, quand une relation de confiance s'est tissée, les parents demandent à ce qu'on les accompagne quand ils changent de service, pour faire le lien avec les autres travailleurs sociaux.

Annelise Oeschger raconte le combat d'un jeune couple qu'elle a accompagné en Suisse, auquel on a décidé de retirer l'enfant avant même sa naissance. Les parents se sont battus à travers toutes les instances nationales et jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme. En étudiant tous les arrêts avec l'avocate, Annelise Oeschger s'est rendue compte à quel point, de manière systématique, la famille était pré-jugée. Elle était contre un mur. Au fond, c'est une discrimination sociale : les pauvres ont moins de chances, parce que leur monde ne se retrouve pas dans le monde juridique. Cela apparaît également dans la manière dont les suspicions se transforment en faits au fil des jugements, alors que les choses positives faites par les parents se perdent, elles, en cours de route. On a le sentiment d'une présomption de culpabilité, peu importe ce que font les parents : ainsi, par exemple, on va leur reprocher d'une part de ne pas savoir accepter de l'aide, d'autre part de laisser aux autres le soin d'organiser les transports pour les visites. Et puis, on va relever le seuil des conditions qu'on pose au retour de l'enfant au fur et à mesure des progrès réalisés.

Eric Mangin admet qu'il y a une sous-représentation évidente des personnes qui ont été en grandes difficultés parmi les travailleurs sociaux, et plus encore parmi les magistrats. Il se demande cependant s'il n'est pas difficile d'être dans une position de décision quand on a connu le genre de situations dont on a à s'occuper : cela risque d'être l'occasion de régler ses propres difficultés. Annelise Oeschger répond qu'il ne s'agit pas d'instaurer des « quotas de pauvres », mais de se rendre compte que les mondes sont différents : c'est un effort que les parents eux-mêmes font souvent. Il faut chercher les moyens d'apprendre ensemble à se connaître.

Christine Lepers observe que cette question de la bonne distance est déjà apparue plusieurs fois dans la matinée. Du côté des travailleurs sociaux, elle a l'impression que cela bouge : ils revendiquent moins d'être des techniciens de la relation et ont pris conscience dans les dix dernières années que c'était bien aussi de travailler avec leurs sentiments. Paradoxalement cependant, cela peut en conduire certains à être encore plus en distance qu'avant : l'analyse de ses propres émotions a comme effet pervers un surcroît de technicité et de distance protectrice. D'autres se posent moins de questions et rentrent en empathie plus facilement avec les gens. Francis Romano pense que l'objectivité n'existe pas : le manque d'objectivité ne caractérise pas les magistrats issus de la pauvreté davantage que les autres. L'objectivité n'est pas une donnée, elle se construit. Mais cette construction exige une véritable connaissance réciproque au lieu de raisonner à partir d'un individu « moyen » qui n'existe pas. Eric Mangin précise qu'il considère comme néfaste le fait que ce soient toujours les mêmes catégories qui occupent les postes de décision : il souligne simplement la nécessité de faire un travail sur soi quand on occupe une position de décision par rapport à quelque chose dont on a souffert. Sophie Leray a toujours été mal à l'aise par rapport à la notion de distance qui est mise en avant dans les formations de travailleurs sociaux. Comme assistante sociale, elle pense qu'elle ne peut pas aborder une difficulté avec une personne si, au départ, elle ne l'a pas mise à l'aise en instaurant une relation qui permette de se parler. Or le jour où il y a une difficulté avec la personne, on lui dit : « Méfie-toi, tu te fais manipuler. » Viviane Zarb-Cousin comme Sophie Leray se sont souvent entendues dire par des parents : « Vous êtes sûre que vous êtes travailleur social ? Parce que c'est la première fois qu'on s'adresse à nous comme cela. » Eric Mangin fait une analogie avec un comédien qui joue son rôle : « S'il le joue avec beaucoup de distance, il ne va pas bien le jouer. Il doit aimer son personnage, il doit le défendre, il doit entrer dans son histoire, mais en même temps, à la fin de la pièce, s'il reste dans la peau du personnage qu'il a joué, il va être dangereux. Quand on est juge ou travailleur social, quand on entend l'histoire de quelqu'un, c'est normal de se laisser émouvoir. Mais en même temps, à un moment donné, par rapport à la décision et par rapport à nos responsabilités, il ne faut pas tricher. On est là pour prendre des décisions, qui ne seront pas forcément agréables, donc il faut réussir à reprendre notre place et il faut être clair avec la famille. C'est tout l'équilibre à trouver et ce n'est pas évident. » Les travailleurs sociaux ont un avantage que n'ont pas les juges, pour trouver cet équilibre, c'est qu'ils travaillent en équipe.

Viviane Zarb-Cousin souligne que la mission des professionnels ne doit pas leur faire oublier qu'ils ont une personne en face d'eux, et que ce n'est pas parce qu'elle est en difficultés qu'elle doit être méprisée. Les parents veulent bien qu'on leur dise des choses de leurs difficultés, mais qu'on les leur dise en les respectant. Il faut se mettre à la place de l'autre. Eric Mangin insiste sur la clarté : « Le fait de respecter les gens ne veut pas dire qu'on finira par ne plus leur dire pourquoi, nous, on considère qu'il y a un danger », ce qui serait une forme de trahison. Viviane Zarb-Cousin est d'accord : ne pas être clair avec les parents est une façon de les mépriser dans leur capacité à comprendre le pourquoi des décisions. Sophie Leray pense que le manque de clarté peut être une forme d'échappatoire pour certaines assistantes sociales qui ne sont pas prêtes à assumer le retour des parents dans leur bureau. Christine Lepers se demande s'il n'y a pas un effet pervers de la loi de 1989, qui a fait basculer les travailleurs sociaux dans un système de contrôle, alors que leur mission première était plutôt une relation d'aide. On cherchait auparavant davantage à entrer en empathie avec les gens pour pouvoir les amener à réfléchir eux-mêmes sur leurs problèmes et amener un changement. Pour Eric Mangin également, on est entré dans une ère du soupçon généralisé, qui ne touche pas que les familles, mais aussi les enseignants, les magistrats, etc. Cette situation existe aussi en Belgique, où elle est l'une des conséquences de l'affaire Dutroux, signale Lou Stallaert.

Cette dernière signale aussi les grandes différences de pratiques entre les assistantes sociales dans leur effort pour connaître les personnes, faire un cheminement avec elles. Pour Viviane Zarb-Cousin, cela doit conduire les travailleurs sociaux à abandonner leur peur d'être évalués : « Nous avons des comptes à rendre. »

L'atelier cherche à dégager ses principales propositions :

- Pour Eric Mangin, un moyen de mieux mettre en avant le débat contradictoire, qui a du mal à s'instaurer dans le bureau du juge, serait de permettre aux familles de donner leur point de vue dans un écrit séparé, qui serait une pièce supplémentaire du dossier que le juge pourrait intégrer dans sa préparation de l'audience. Elisabeth Duval indique qu'il faudra alors expliquer à la famille qu'elle peut écrire librement, parce qu'elle n'osera pas critiquer le travailleur social par peur des conséquences après le jugement. Eric Mangin reconnaît qu'il y a là un risque.

- Chantal Joly pense que la formation initiale des professionnels doit les préparer à la connaissance réciproque avec les familles très pauvres. Eric Mangin souligne que cette préparation doit passer par un contact direct, donc par exemple par des stages dans des associations. Sophie Leray se demande si ce n'est pas un peu idéaliste et insiste sur la nécessaire réciprocité de la connaissance : même si une personne travaille et a beaucoup de facilité, elle peut avoir des difficultés qu'une personne qui vit dans la pauvreté ne va peut-être pas voir.

- Christine Lepers souligne l'importance du chef de service pour recadrer, quand c'est nécessaire, les relations entre le travailleur social et les familles. Les gens doivent pouvoir s'adresser à l'institution au-delà de leur relation avec le travailleur social. Eric Mangin pense qu'il faut aussi avoir l'honnêteté de parler aux familles des limites de l'intervention d'un point de vue institutionnel : leur expliquer, que, vu les moyens dont on dispose, on prend telle décision même si elle n'est pas parfaitement adaptée.

- Chantal Joly note que la nécessité de partir de ce qui est actuel, plutôt que de juger la famille sur des éléments anciens a été beaucoup évoquée. Eric Mangin pense qu'il faut trouver un mécanisme de vigilance pour faire en sorte que régulièrement, il y ait un regard neuf sur un dossier, et éviter qu'une routine ne s'installe. Par exemple que, tous les deux ans, alors même qu'il y a un placement, il y ait une nouvelle enquête sociale, avec de préférence un nouveau service.

- Viviane Zarb-Cousin pense qu'il faut également, de la part du travailleur social, une disponibilité qui permette par exemple d'accompagner la famille lors d'un déménagement pour faire le lien avec le nouveau service social dont elle dépend : c'est aussi une question d'engagement personnel.

- Annelise Oeschger reprend la réflexion d'Eric Mangin : « La loi ne nous parle pas de bons ou de mauvais parents, elle parle plutôt de situations. »

- Christine Lepers pense qu'il faut sortir de l'interprétation des choses, dans les dossiers, pour se concentrer sur des faits concrets : qu'est-ce qu'on a fait avec la famille, qu'est-ce que la famille a fait avec nous, où on en est ?

- Francis Romano souligne la nécessité d'avoir un dialogue comme celui d'aujourd'hui, qui soit un dialogue volontaire, sur un pied d'égalité, dans un cadre neutre. Pour Denis Gendre, c'est aussi un outil de formation.

- Denis Gendre revient enfin sur la nécessité de changer la relation dans la clarté des rôles de chacun.

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