Le développement durable, c’est pour moi ?

Participants à l'Université populaire Quart Monde

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Participants à l'Université populaire Quart Monde, « Le développement durable, c’est pour moi ? », Revue Quart Monde [Online], 216 | 2010/4, Online since 05 May 2011, connection on 08 August 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/5068

Le développement durable est une réflexion qui revient périodiquement dans les Universités populaires. Cet article fait suite au n° 215 de la revue. Nous avons retenu  les solutions proposées par l’Université populaire Quart Monde qui s'est tenue le 8 juin 2010, à Guebwiller. Était invité ce jour-là Christian Weiss, enseignant à la retraite, conseiller municipal « vert » de Murbach, et élu de la Communauté de communes de la région de Guebwiller.

Index de mots-clés

Ecologie, Développement durable

Le groupe de Guebwiller cite quelques économies : éteindre la lumière, baisser le chauffage et mettre plus de couvertures sur son lit, couper le chauffage avant d’aérer.

Isabelle B. : J’utilise les nouvelles ampoules économiques pour réduire ma facture d’électricité. Une amie en a acheté, elle a économisé dix euros sur le mois. C’est peut-être cher à l’achat, mais c’est un investissement sur du long terme.

Il faut arrêter de nous culpabiliser, nous les consommateurs. C'est déjà au niveau des magasins qu'il faut agir. Regardez par exemple le suremballage : forcément tu paies plus cher, et ça pollue.

Christian W. (élu) : Il y a aussi le fait qu'on vend pratiquement tout en lots. On est obligé d'acheter un lot entier donc c'est une dépense supplémentaire.

Catherine B. : Il faut savoir que quand on veut acheter, non pas par lot mais un seul article, on en a tout à fait le droit.

Marie-Ève F.: Yvette a préparé une superbe affiche avec du papier recyclé pour le groupe de Strasbourg. On a utilisé un journal gratuit pour faire l'affiche et pas du beau papier blanc, sinon on rentre dans ce système de gaspillage. Sur l’affiche on voit de nombreux aspects de la pollution et du gaspillage : le pétrole déversé dans la mer (se référant à l'affaire BP en Amérique), l'électroménager qu'on jette dans la forêt, les vélos qu'on jette dans les rivières, le verre, l'huile moteur, les boîtes de conserve, les pneus, la lessive, le plastique qu'on retrouve partout, les déchets nucléaires ...

Catherine B. : Et la déforestation ! On est en train de couper les arbres en Amazonie. Les arbres, c'est ce qui nous apporte l'oxygène. S'il n'y a plus d'arbres, on n'aura plus d'oxygène !

Yvette H. : Il y a aussi d'autres gaspillages, comme acheter une nouvelle télé à la mode, alors que l'autre fonctionne encore. Ou ne pas pouvoir faire réparer ses chaussures car elles ne sont pas chères et fabriquées de façon à ne pas pouvoir être réparées.

Laurence B. : En ce qui concerne l'eau, parfois on a des fuites et l'eau s'écoule. On peut colmater avec du chatterton, mais il faut quand même réparer.

Isabelle B. : J'ai vu une émission avec une dame qui menait un combat pour l'accès à l'eau, elle disait que tout le monde n'avait pas la chance de boire de l'eau, que ça devient un business monstre... Tout le monde devrait avoir accès à l'eau, c'est fou de faire un business sur des choses vitales...

Christian W. (élu) : Il faut  que les lois changent ! Les  premiers mètres cubes doivent être très bon marché. Aujourd'hui, l'eau du monde entier appartient pratiquement à une seule compagnie, Nestlé (qui comprend la Lyonnaise des eaux, la Générale des eaux). On en fait une marchandise, alors que c'est vital. L'électricité est parfois gaspillée avec des éclairages inutiles, comme ceux des routes, des bâtiments publics...

Certains commerçants aussi n’hésitent pas à laisser leurs vitrines allumées pendant des heures. Ce n'est donc pas un effort partagé ; il y a peut-être des choses à dénoncer de ce côté-là.

Dans les logements un peu vétustes, il y a un réel effort à faire sur l'isolation, mais qui va le payer... ? Quand les fenêtres ferment mal, quand c'est mal isolé, on monte le chauffage et souvent on rajoute un chauffage d'appoint électrique, or l'électricité c'est ce qu'il y a de plus cher.

Marcelle B. : On fait du bon marché, et ça coûte cher à la fin, mais surtout pour les pauvres.

Catherine B. : Dans mon quartier, ils ont fait des travaux d'isolation mais le loyer a augmenté, donc c'est nous qui payons !

Développer la conscience citoyenne

Julien S. : Notre affiche concerne le mode de fabrication des produits courants et le gaspillage au niveau du transport, avec l'exemple d'un pull et de sa chaîne de fabrication qui passe par plusieurs pays et intermédiaires : fabrication, transaction, stockage, distributeur, grossiste... Ca fait le tour de l'Europe pour revenir dans le pays d’à côté, et être vendu dans un supermarché.

Yvette H. : J’illustre cette analyse par un exemple « complet » : Une grande marque XXXX fait faire ses pulls en steppe de Mongolie et les ramène en France pour un prix dérisoire parce que les gens là-bas sont exploités... Leurs terres ne leur appartiennent plus, cette marque les a rachetées. En plus ils ont maintenant un problème parce que le désert avance : les moutons broutent toute l'herbe, et à cause de ça ils n'ont plus rien pour vivre ...

Marie-Thérèse B. : Dans certains pays, les gens qui sont un peu plus riches, ils ont encore des esclaves qui font le travail à leur place, qui font les courses, le linge, le labour, tout ... et sans être payés, juste nourris, logés et blanchis. C'est un gaspillage de personnes humaines, c'est de l'esclavage humain.

Bernadette R. : Une volontaire d'ATD Quart Monde a vécu une expérience de travail en Espagne, où elle a côtoyé les sans-papiers : ils sont vraiment exploités dans les maraîchages, c'est ce qui fait qu'on a des fraises ici à 1 € la barquette.

Christian W. (élu) : Les produits sont produits  industriellement, viennent de loin pour la plupart, et ne sont pas forcément de qualité. Le profit se fait entre la production qu'on paie très bas et la vente : l'intermédiaire empoche la différence. C'est aussi un système très concentré : au niveau de l'alimentation, quelques grands distributeurs détiennent l'ensemble de la distribution. Pour contrer cela, il faut développer le maraîchage à la périphérie des villes, les jardins familiaux par exemple, et surtout les circuits de distribution... Vous parliez des marchés : aujourd'hui il en reste quelques-uns et il y en a d'autres qui commencent à se développer.

Le groupe de Guebwiller propose de faire des compteurs individuels pour l'eau et le chauffage dans les immeubles, pour ne pas déresponsabiliser les personnes.

Laurence B : J'habite dans une HLM1, on est six locataires, on a donc des parties en commun, comme l'électricité du couloir ou le tri des poubelles. Parfois les éboueurs n'ont pas pris nos poubelles, parce que certains n'ont pas fait le tri. Beaucoup de locataires allument aussi systématiquement la lumière du couloir, même si on y voit. Les charges sont plus élevées pour tous, qu'on allume ou pas... Mon fils trouvait ça illogique : pourquoi il n'allumerait pas si les autres le font ? Je lui ai expliqué que si on allume, il faut payer, et si l'argent part là-dedans, il n'y en aura pas pour autre chose. Il a compris, et maintenant, il ne se gêne pas pour dire à des adultes : « Pourquoi t'allumes, il fait jour ?! »

Accès de tous à l’essentiel

Véronique L. : J'ai entendu ce matin à la radio que d'ici environ trois ans l'électricité aura augmenté de 25%, donc c'est important de penser à économiser parce qu'on va bientôt avoir de grosses difficultés à payer les factures d'électricité.

Yvette H. : Dans la contribution pour le pacte de la solidarité et de l'écologie, ATD Quart Monde préconise que les gens qui n'ont pas grand-chose aient un minimum d'électricité, et un équivalent en kilowattheure garanti pour chaque famille.

Yvette mentionne à ce propos un article qui parle des « Robins des bois » : un groupe de salariés d'EDF2 qui rétablissent le courant chez les usagers ayant eu leur électricité coupée, faute d’avoir payé leurs factures. Ces « Robins » s'engagent ainsi (durant leurs temps de repos en général) pour que leur entreprise respecte sa mission de service public : fournir de l'électricité pour tous.

Pascale B. : L'idée dans ce pacte, c'est de garantir une quantité d'énergie pour tous, mais c'est aussi adapter la tarification en fonction des revenus, c'est-à-dire une tarification progressive, pour l'énergie mais aussi pour tous les services essentiels : énergie, eau, TIC (Technologies de l'Information et de la Communication). C'est donc permettre à tout le monde d'avoir accès, mais aussi permettre que tout le monde puisse payer en fonction de ses revenus. Et plus la consommation augmente, plus le coût augmente.

Marie-Ève F. : ATD Quart Monde préconise aussi que les locations de compteur, les abonnements aux services (électricité, gaz, téléphone) soient pris en compte dans le calcul des allocations de logement, et pas seulement le loyer payé au propriétaire.

Hubert M. (élu) : Un concours a été organisé par le Conseil général (du Haut-Rhin) sur des éco-quartiers : le principe consiste à créer des quartiers respectueux de l'environnement, en pensant aussi au vivre ensemble, dans une démarche de développement durable. À Wattwiller, on y a réfléchi, un terrain s'y prêtait et on a été retenu pour ce concours. Dans le cahier des charges, il y a la partie « environnement » (maîtrise d'énergie avec des bâtiments à basse consommation, etc.), et la partie « vivre ensemble » : réfléchir à l'agencement du quartier pour favoriser le vivre ensemble (par exemple, laisser les voitures à l'extérieur du quartier). Il est aussi très important pour notre municipalité que ce quartier soit accessible à des revenus modestes, avec des logements aidés. Ça coûte plus cher d'isoler,  mais quand on voit le gaspillage fait dans les constructions qu'on détruit aujourd'hui, c'est certainement plus rentable, et les coûts seront compensés sur le long terme.

Pascale B. : A propos du coût, c'est une question de priorité par rapport à ce que les collectivités locales, nos dirigeants, font de l'argent public : ce serait plus intéressant que l'argent public aille dans des logements mieux conçus, mieux isolés et accessibles à tous plutôt que de construire des trucs de prestige qui ne servent à rien (ronds-points ultra-décorés, éclairages publics à n'en plus finir, bâtiments publics prestigieux qui pourraient être beaucoup plus simples et tout aussi accueillants, etc.) !

Conclusion de l’invité

Christian W. : J'étais venu surtout pour écouter car quand on discute entre hommes politiques ou associatifs, on oublie souvent des partenaires, les plus démunis, qui pourtant sont importants : c'est d'eux qu'on apprend beaucoup de choses. Vous avez une grande conscience du sujet. Et vous êtes déjà dans les économies, par nécessité ; il faudrait que cet effort soit montré à d'autres.

Actuellement, le développement est insoutenable écologiquement, mais aussi socialement ; il exclut de plus en plus de personnes, les richesses sont captées par une minorité, on n'est plus dans un partage. Or l'écologie et la solidarité sont deux piliers qui vont ensemble. Mais des gens résistent (comme les électriciens des « Robins des bois » ci-dessus), ils sont encore sensibles aux valeurs des résistants, ces jeunes de 18-25 ans qui avaient bâti le programme du CNR3, programme à vocation sociale, alors que la France sortait anéantie de la Guerre. On a des valeurs à défendre, on a tendance à oublier en disant : « On ne peut plus rien faire ». Mais on peut faire des choses, à condition de rester ensemble !

1 Habitation à loyer modéré.
2 Électricité de France.
3 CNR : Conseil national de la résistance.
1 Habitation à loyer modéré.
2 Électricité de France.
3 CNR : Conseil national de la résistance.

Participants à l'Université populaire Quart Monde

Les participants à l’Université populaire Quart Monde d’Alsace

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