Citoyenneté et vivre ensemble

Participants aux Universités Populaires Quart Monde

p. 26-29

References

Bibliographical reference

Participants aux Universités Populaires Quart Monde, « Citoyenneté et vivre ensemble », Revue Quart Monde, 221 | 2012/1, 26-29.

Electronic reference

Participants aux Universités Populaires Quart Monde, « Citoyenneté et vivre ensemble », Revue Quart Monde [Online], 221 | 2012/1, Online since 01 November 2012, connection on 26 September 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/5307

En Lorraine

L’échange se fait avec Jean-Paul Bernard, membre du parti socialiste, invité à cette UPQM sur le thème de « La citoyenneté ». Avant de prendre sa retraite, il était Directeur de la Maison des Jeunes et de la Culture Louvain à Vandoeuvre. Il fait partie de la nouvelle municipalité de Vandoeuvre où il est élu.

Question : Comment faire entendre vos idées ou vos avis sur les questions de société qui vous concernent par rapport à l’école, au travail, à la vie de quartier, etc. ?

Elvire : Pour faire entendre nos idées, nous devons voter. C’est une obligation morale. Quand on participe à des réunions dans les quartiers, il y a des choses qui changent car on nous écoute.

Marie-Claude : J’ai été parent d’élèves quand mes enfants étaient à l’école. Que ce soit à la maternelle jusqu’à la primaire, là on pouvait s’exprimer encore. En maternelle, on peut mais on a beaucoup plus de mal de se faire écouter en primaire. Et puis alors au lycée, n’en parlons pas, ni au collège. Là les parents ont beaucoup plus de mal à se faire écouter.

Q : Rencontrez-vous des difficultés pour élire vos représentants dans les conseils d’école ? Dans les syndicats ? Dans les conseils municipaux ? Dans les conseils de quartier ? Au Conseil général ? A l’Assemblée nationale ?...

Marie-Hélène : C’est éventuellement dangereux d’aller voter pour des parents d’élèves qui seront délégués et pour des hommes politiques qui vont décider de choses, si on ne comprend pas forcément tout ce qu’ils vont faire ou ce qu’ils vont dire à notre place. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Agnès : C’est très dangereux de voter. C’est dangereux de ne pas voter. Eh bien moi, j’ai voté une fois contre mes idées personnelles parce que justement il y avait eu tellement d’abstentions qu’une extrême très dangereuse en France a failli passer. Donc, je n’ai pas voté pour un candidat, j’ai voté contre un autre candidat.

J-P. Bernard : Autrefois, on disait : « Vous votez pour quelqu’un, vous lui faites confiance pendant cinq ans et on se retrouve au bout de cinq ans. » Ça c’était la démocratie représentative.

Aujourd’hui, beaucoup de partis, quels qu’ils soient, de droite ou de gauche, s’engagent sur une démocratie participative. [...]. De plus en plus, dans toutes les villes, on met en place des conseils de quartier où on demande l’avis au quotidien des citoyens sur ce qu’ils souhaitent, en urgence, mettre en place. Je pense qu’il ne faut pas vraiment voter pour un homme, mais voter pour un programme, pour des projets, pour des choses qui ont déjà été faites.

Pour Dominique F., les hommes politiques, dès qu’ils sont élus ne respectent pas leurs engagements.

Dominique D.G. : Il faut saisir toutes les perches qui existent. Et puis quand on veut exprimer quelque chose, c’est toujours mieux compris et mieux entendu de dire « Je » : « Je ne comprends pas », « Je ne suis pas d’accord avec ça » par rapport à des valeurs qu’on peut avoir, par rapport à des idées, plutôt que d’accuser en disant « Vous faites n’importe quoi ! ».

En Alsace

« Vivre ensemble avec nos différences » est le thème de l’UPQM d’Alsace. L’invité en est le maire de Kingersheim, Jo Spiegel. La commune a travaillé pendant dix ans avec la population manouche pour construire des conditions de vie décentes sans renier leur culture.

Yvette : J’ai proposé ce thème car j’étais vraiment écœurée par ce que j’entendais aux actualités de l’été 2010 en France. On a entendu beaucoup de préjugés, cette façon de stigmatiser la population Rom durant cette période m’a rappelé les persécutions lors de la dernière guerre contre les gens du voyage et les juifs.

Anne : L’été dernier il y a eu des lois ou des propositions de lois votées ou discutées au parlement, qui ne vont pas dans le sens d’un mieux vivre ensemble avec toutes nos différences. ATD Quart Monde a pris position toute l’année contre toutes ces lois qui renforcent la discrimination sociale et divisent la société.

Christèle : Tous ces actes nous ont scandalisés, mais on a vu aussi que les citoyens, les associations se mobilisaient ; et nous au quotidien, comment fait-on ? C’est parfois difficile d’accepter l’autre, celui qui est différent, de lui faire une place ; on a aussi des préjugés, des peurs… L’objectif de cette Université populaire est de chercher ce qui permet de dépasser tous ces obstacles, ces peurs, ces préjugés, ce qui permet la rencontre, de réaliser qu’elle peut être autre que conflictuelle.

Sylvie lit l’article : Caillassage au camp nomade de Colmar. M.B. et son équipe municipale se présentaient au camp de gens de voyage de la ZAC de l’aéroport pour réaliser des travaux d’installation d’eau courante, ils ont dû faire appel aux forces de police : des enfants d’une dizaine d’années leur jetaient des pierres. « Ce n’est pas normal, on faisait quelque chose de bien pour eux, ça m’a mis en colère », raconte M. B.

Des personnes dans la salle réagissent :

Édith : Un monsieur [Gandhi] a dit : « Tout ce que tu fais pour moi sans moi, tu le fais contre moi » Si on arrive avec les meilleures intentions pour mettre de l’eau, mais que personne n’est au courant, ça fait l’effet inverse…

Coralie : ça me rappelle la bibliothèque de rue, les personnes au départ ne nous connaissent pas et disent : « Qu’est-ce qu’ils viennent faire là ? ». On vient dans leur quartier, on ne nous a pas invités … Ç a prend du temps la rencontre de l’autre, ça demande d’être là dans la durée, et de se faire confiance.

Un autre exemple relaté par Virginie qui travaille avec des familles manouches :

« Du point de vue humain, on est pareil mais au fond de nous il y a une différence qui est montrée du doigt ; on est tous mis dans le même sac. La difficulté est de se faire accepter comme on est, dans la relation avec les habitants de Kaltenhouse. Je le ressens comme de la discrimination : on te dit pas bonjour, on te regarde bizarre, certaines personnes te critiquent. Ce qui m’a choqué récemment, à la sortie de la maternelle, un petit garçon avait son anniversaire et tous les enfants ont eu un sachet de bonbons, mais aussi un carton d’invitation, sauf les enfants manouches. Cela m’a révoltée. »

Leila ajoute : Je vis en caravane, je suis gitane, j’ai sept enfants. C’est pas facile pour eux parce qu’ils sont beaucoup rejetés à l’école. Une fois ma fille a été appelée « sale » à l’école…. Elle a pleuré et le lendemain elle est rentrée, elle était propre. Elle a eu une médaille ; alors là ça m’a encore plus choquée qu’une petite fille puisse avoir une médaille parce qu’elle était propre. C’est encore pire.

Des réactions :

Gérard : J’ai connu des Gitans, sur le coup on a un peu peur, mais si on discute un peu, ils sont très ouverts…

Françoise : Les préjugés, c’est difficile. J’ai la peur, parfois je vis très bien, parfois j’ai mal, parfois j’ai peur. Et moi ce que j’ai envie de partager et d’apprendre, c’est de désapprendre l’a priori. C’est un travail que je dois faire avant tout sur moi, on attend toujours que ça vienne des autre…

Sophie : Les enfants n’ont pas de préjugés, ils se regardent tous de la même manière, c’est en grandissant qu’ils ont des préjugés…

Des pistes pour dépasser les préjugés :

Milouda : Voir ce qu’on a en commun, on est tous de la même humanité ! Roselyne : Prendre le temps d’écouter les autres, échanger nos savoirs ; c’est bien de connaître sa propre culture pour mieux s’intégrer. Dans ma jeunesse, on avait une prof qui venait de Mulhouse pour apprendre l’allemand. Maman était Autrichienne, ça me tenait à cœur d’apprendre, de comprendre ce qu’elle disait.

Béatrice : Là où j’habite, on est cinq familles, on a différentes cultures qui sont vraiment enrichissantes, on s’aide beaucoup moralement.

Jo Spiegel : J’ai beaucoup appris et notamment l’analyse que vous faites autour d’un mot que je considère comme étant fort, qui est le mot « peur », ça a été dit à plusieurs reprises. On a la peur de soi, la peur de l’autre, … parce qu’il est différent, et je pense en particulier que c’est lié - et vous l’avez fort bien dit - au contexte dans lequel on vit… Moi j’ai une conviction en tant qu’élu local, c’est qu’on peut changer le monde là où on vit, dans nos communes, dans notre quartier…

La solidarité n’est pas innée, elle se construit, avec les gens. Ce n’est jamais gagné, car il y a des découragements, mais il faut continuer.

La démocratie, c’est que tout le monde est capable de réfléchir ensemble, c’est ce que vous faites ici

Participants aux Universités Populaires Quart Monde

Des participants aux Universités populaires Quart Monde Région Lorraine (19 décembre 2009), et Région Alsace (27 mai 2011).

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