Avi Mograbi. Entre les frontières

Documentaire, Israël, 2017

Marie-Hélène Dacos-Burgues

p. 47

Bibliographical reference

Avi Mograbi. Entre les frontières, Documentaire, 1h24 Israël, 2017

References

Bibliographical reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Avi Mograbi. Entre les frontières », Revue Quart Monde, 243 | 2017/3, 47.

Electronic reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Avi Mograbi. Entre les frontières », Revue Quart Monde [Online], 243 | 2017/3, Online since 15 March 2018, connection on 05 March 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/6922

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Israël

Avi Mograbi, documentariste et Chen Alon, metteur en scène de théâtre, rencontrent des demandeurs d’asile Africains (originaires d’Erythrée, du Soudan, d’Ouganda, de Jordanie, d’Égypte) détenus dans le camp de Holot, en Israël, en plein désert du Néguev1. Par le biais d’un atelier inspiré du Théâtre de l’opprimé2, ils vont animer un atelier théâtre régulier avec les réfugiés.

Selon une loi anti infiltration, les demandeurs d’asile entrés sans visa peuvent être détenus pour une durée de 3 ans maximum, par la suite 12 mois. Le film ne montre pas ce qu’ils deviennent ensuite. Cette « prison ouverte », est un lieu où les détenus sont « libres » de circuler mais doivent répondre 3 fois par jour à l’appel. Nous les voyons brièvement à l’extérieur, lors d’une manifestation collective mais ce n’est pas le propos. Le film se cantonne essentiellement au déroulement de l’atelier de théâtre mené par le metteur en scène.

Les Africains parlent hébreu parce qu’ils ont été obligés de l’apprendre durant les 6 ou 7 ans où ils ont vécu illégalement en Israël. Ça leur permet de communiquer apparemment assez facilement à l’intérieur du groupe. À un moment du parcours, de jeunes Israéliens de la société civile (hommes et femmes) rejoignent l’atelier. Ils inversent les rôles : les Israéliens endossent la situation des migrants et ces derniers jouent le rôle de soldats israéliens qui les arrêtent par exemple, ou parlementent vivement avec eux. Il s’en suit de très belles scènes (improvisées bien sûr) de connexion entre eux, avec des sourires, et on sent une complicité qui s’est tissée au fil des jours, dans ce lieu improbable. Leurs visages s’éclairent. De manière inattendue, ils confient que parfois ils se sentent protégés ici et infiniment vivants.

Loin de toute réaction de pitié ou de charité, l’atelier crée une situation de travail en commun. Il n’est pas question d’aider ces migrants, mais de faire quelque chose avec eux, et cela transforme toute la manière dont on les regarde.

Le propos du film est bien celui-ci : le théâtre peut-il créer un pont entre les Hommes pour qu’ils échangent et se comprennent ? A Holot, il semble que oui, et d’une façon lumineuse, avec des moments magiques.

1 Documentaire d’Avi Mograbi, 2017, Israël, 1H24, VOST, DVD/VOD.

2 Dans les années 1970, le Brésilien Augusto Boal crée la méthode du Théâtre de l’opprimé, pour rendre visibles des conflits sociaux et politiques en

1 Documentaire d’Avi Mograbi, 2017, Israël, 1H24, VOST, DVD/VOD.

2 Dans les années 1970, le Brésilien Augusto Boal crée la méthode du Théâtre de l’opprimé, pour rendre visibles des conflits sociaux et politiques en soutenant la prise de parole de groupes marginalisés, opprimés par les pouvoirs totalitaires. Elle est aujourd’hui répandue dans le monde entier.

Marie-Hélène Dacos-Burgues

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