Alain Gomis. Félicité

Fiction, France Belgique Sénégal, 2017

Bella Lehmann-Berdugo

p. 47-48

Bibliographical reference

Alain Gomis. Félicité, Fiction, France Belgique Sénégal, 2h03, 2017

References

Bibliographical reference

Bella Lehmann-Berdugo, « Alain Gomis. Félicité », Revue Quart Monde, 243 | 2017/3, 47-48.

Electronic reference

Bella Lehmann-Berdugo, « Alain Gomis. Félicité », Revue Quart Monde [Online], 243 | 2017/3, Online since 15 March 2018, connection on 05 March 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/6924

Dès la première image, nous sommes plongés dans la moiteur d’un bar de Kinshasa, République Démocratique du Congo, où Félicité chante chaque soir pour gagner sa vie1. Gros plans sur les corps en sueur, les visages. La passivité, le laisser-aller, la grossièreté de ces hommes peuvent choquer. Par contraste, cette femme très belle apparaît d’emblée seule, fière, libre, digne au milieu des regards, des bagarres, des beuveries, objet de désirs aussi. Quand elle entre en scène dans la salle enfumée, sale et sombre, quelque chose de lumineux se met à exister, qui élève la chanteuse et ses auditeurs. À maintes reprises, le chant, la musique - mélange de tradition et d’électro - « remplacent » les dialogues dans le film. Des digressions avec deux groupes musicaux locaux (notamment Orchestre symphonique de Kinshasa) peuvent égarer le spectateur du fil de l’histoire. Il faut accepter de lâcher prise, de se laisser emporter dans le rythme alternatif d’un film long (mais pas lent). Ces apartés essentiels donnent au récit une dimension de beauté et d’harmonie.

Or Samo, le fils de Félicité, a eu un accident de moto, il doit être opéré d’urgence sinon c’est l’amputation. Le chirurgien exige beaucoup d’argent. Dès lors nous suivons la mère dans une course contre la montre. Elle sillonne les rues pauvres de Kinshasa grouillantes de monde pour réunir la somme. On comprend qu’elle réclame parfois un prêt mais souvent son dû à des connaissances, à des membres de la famille qui la traitent de façon indigne, verbalement et physiquement. Sa force et sa détermination, le sentiment d’urgence rappellent ceux de Ma’ Rosa dans le film philippin du même nom2. Mais là où une formidable solidarité familiale unissait parents et enfants, ici Félicité la mal-nommée doit se battre seule. La chanteuse de bar apparaît comme une héroïne moderne de tragédie.

À nouveau, une caméra très sensorielle nous fait arpenter la mégalopole, ses cris, ses odeurs d’épices et d’égouts mêlées aux gaz d’échappement, sa chaleur étouffante. Petit à petit l’espoir abandonne Félicité, un sentiment de fatalité semble même annihiler toute affection pour son propre fils, d’autant que malgré tous ses efforts, il a dû être amputé. Réapparaît Tabu, un prétendant amoureux qui rôdait déjà autour d’elle : attentif, et en lien plus étroit qu’elle avec l’adolescent. Ce fils jusqu’alors inerte et muet se révèle courageux et cet homme d’abord un peu brut pourrait redonner à Félicité le sourire et lui faire accepter de baisser enfin la garde. Demeurent alors la vie et la joie.

1 Fiction d’Alain Gomis, 2017, France Belgique Sénégal, 2H03, VOST, DVD/VOD.

2 Ma’ Rosa, fiction de Brillante Mendoza, 2016, Philippines, 1H26, VOST.

1 Fiction d’Alain Gomis, 2017, France Belgique Sénégal, 2H03, VOST, DVD/VOD.

2 Ma’ Rosa, fiction de Brillante Mendoza, 2016, Philippines, 1H26, VOST.

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