Adelante campesinos

Gérard Bureau et Jean Tiberghien

p. 53-54

Citer cet article

Référence papier

Gérard Bureau et Jean Tiberghien, « Adelante campesinos », Revue Quart Monde, 252 | 2019/4, 53-54.

Référence électronique

Gérard Bureau et Jean Tiberghien, « Adelante campesinos », Revue Quart Monde [En ligne], 252 | 2019/4, mis en ligne le 01 juin 2020, consulté le 24 octobre 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/8355

Faisant suite à notre dossier Chanter la dignité (RQM 251, Sept. 2019. https://www.revue-quartmonde.org/8027), les auteurs rendent hommage à Don Maximino Vanegas, du Guatemala, décédé en mars 2019.

Index de mots-clés

Chant

Index géographique

Guatemala

Nous gardons de Don Maximino cet appel qui est aussi le titre d’une chanson qu’il a composée en 1981 : Adelante campesinos (En avant Paysans !). Ce « délégué de la parole », comme étaient appelés des hommes qui s’engageaient à soutenir leur communauté d’abord à travers l’Église et en prolongement dans les projets de développement, nous impressionnait par son visage rayonnant de la force des pauvres, sa présence à sa famille, à sa communauté, à son église, à sa chapelle dans l’aldea de Majada (hameau du village de San Jacinto). Nous le revoyons comme un homme toujours en marche et il l’a été jusqu’au bout, nous ont dit ses proches.

Puissamment mobilisateur

Homme humble et confiant en tout ce qui va de l’avant, il était puissant en messages pour mobiliser. Homme frêle et pourtant solide au travail des champs. Homme persévérant, la situation dangereuse du pays ne le faisait pas renoncer à ses initiatives. Homme très pauvre matériellement, il donnait de son nécessaire. En équipe ATD Quart Monde, nous n’étions que des disciples de ces hommes comme lui, Don Andrès, Don Chepe, et d’autres encore. Ils attendaient de nous de donner un peu de moyens à leur espérance et nous n’avions qu’à les suivre. Nous ne nous rappelons pas qu’ils nous aient jamais demandé quelque chose qui n’aurait pas été dans nos priorités, jamais pour eux-mêmes, toujours pour les plus pauvres : reconstruire une maison, visiter des personnes malades, lutter contre la dénutrition, etc. Ils avaient été solidifiés par un prêtre américain, le père Donald et ils nous montraient encore un manuel d’animation communautaire qu’il leur avait donné. Don Maximino aimait saisir toutes les occasions de développement et il était toujours le premier à expérimenter de nouvelles techniques agricoles, pour économiser le bois de cuisson, faire des tôles de ciment pour couvrir les maisons, organiser une coopérative de maïs.

Résistant non-violent

Sa présence était aussi résistance non-violente à « l’invasion » encore à l’œuvre (mot pour nommer la « conquête » du point de vue des Mayas), malgré les menaces et toutes les formes les plus viles de l’exploitation que subissaient encore les familles dans son entourage ; les jeunes filles, les jeunes hommes kidnappés la nuit pour être embrigadés de force dans l’armée.

Le père Joseph Wresinski avait aussi cette attitude de les rencontrer pour les écouter, les entendre, et nous n’avions qu’à récolter ce que nous apprenions d’eux pour renforcer avec eux leur communauté. Ils développaient l’empowerment bien avant qu’il soit théorisé. Et à y repenser, nous ne pouvions qu’être « naturellement » volontaires ATD Quart Monde à leur côté ; ils montraient le chemin. Nous ne leur avons pas appris la priorité aux plus pauvres. Nous les avons soutenus en particulier pour cet engagement-là.

Musicien engagé pour la justice et la paix

Don Maximino était aussi un musicien, compositeur et parolier. Il fabriquait ses propres instruments, contrebasse et violons avec un son très spécial, artistiquement dissonant, reconnu aujourd’hui comme un art à part entière et étudié. Ses chansons étaient chantées dans la vie quotidienne, les célébrations religieuses, les rencontres communautaires, les fêtes familiales. Radio Chorti (du nom du peuple Maya de cette région) l’avait enregistré à plusieurs reprises.

En avant Campesinos, marchons tous avec amour
Allons travailler nos champs, dans la vigne du Seigneur.

Celui qui prend la charrue, qu’il ne revienne pas en arrière !
Le travail est un chemin, vers la justice et la paix. (Bis)

Allons ! Travaillons donc frères, travaillons avec amour
pour un monde de justice, pour un monde vraiment meilleur.

Gérard Bureau

Volontaire permanent d’ATD Quart Monde. Gérard Bureau et Jean Tiberghien ont travaillé en équipe dans les premières années de l’implantation du Mouvement au Guatemala (1979-1983).

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Jean Tiberghien

Volontaire permanent d’ATD Quart Monde. Gérard Bureau et Jean Tiberghien ont travaillé en équipe dans les premières années de l’implantation du Mouvement au Guatemala (1979-1983).

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