Guy Groux, Catherine Levy, La possession ouvrière. Du taudis à la propriété (XIXe - XXème siècle)

Les Éditions de l’Atelier, Paris, 1993, pages.

Jean-Jacques Boureau

Bibliographical reference

Guy Groux, Catherine Levy, La possession ouvrière. Du taudis à la propriété (XIXe - XXème siècle), Les Éditions de l’Atelier, Paris, 1993, pages.

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Jean-Jacques Boureau, « Guy Groux, Catherine Levy, La possession ouvrière. Du taudis à la propriété (XIXe - XXème siècle) », Revue Quart Monde [Online], 157 | 1996/1, Online since 20 May 2020, connection on 20 September 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/9031

L’habitat constitue l’objet de cette étude. Comment est-on passé en un siècle, pour un grand nombre d’ouvriers, du taudis à la propriété ? Quelles conséquences cette transformation profonde a-t-elle entraînées pour la classe ouvrière ?

Pour répondre à ces questions, les auteurs abordent le plan historique, étudiant « les formes du logement ouvrier, sa lente appropriation et les débats, réglementations et pratiques sociales qui l’environnent » puis le plan statistique qui permet de voir les tendances actuelles, enfin le plan culturel pour juger des effets du titre de propriétaire sur les pratiques ouvrières et la vie sociale.

La propriété, élément du statut social, fut longtemps un facteur d’exclusion mais aussi source de révolte et de rejet de la part des ouvriers. Proudhon écrira : « La propriété, c’est le vol. » La mobilité des ouvriers, les déménagements « à la cloche de bois » seront la hantise des propriétaires pratiquant des loyers excessifs. Puis, l’idée que la propriété ouvrière peut adoucir les rapports sociaux fera son chemin. Les ouvriers verront dans la possession d’une maison une sécurité et un espace de liberté. Toute cette évolution aboutira à une politique de mise en place de la propriété dont l’apogée se situera entre 1970 et 1980 où un ouvrier sur deux deviendra propriétaire.

Ce livre nous retrace l’histoire des idées, des lois, du rôle des financiers et des partenaires sociaux : ouvriers, patrons, Etat. Mais, fait économique, débat idéologique et politique, la propriété ouvrière dessine des clivages. Au « nous » succède le « je » lié au titre de propriétaire. Les modes d’existence, la forme de culture du monde ouvrier s’en trouvent profondément modifiés. De nouvelles valeurs culturelles se répandent alors que dans le monde du travail s’accentue le déclin des valeurs liées aux traditions collectives et protestataires. Au titre de propriétaire se greffe la notion d’aliénation : la vie devient souvent une longue suite de privations, d’efforts, de frustrations (endettement, charges, éloignement). Mais la propriété n’est-elle pas pour le travailleur un moyen de contrebalancer cet enfermement dans la condition ouvrière toujours définitive, mais jamais acceptée ?

De lecture abordable, l’ouvrage nous montre que la propriété est un facteur d’intégration et de régulation dans notre société en crise. L’exclu d’hier est devenu « l’ouvrier bourgeois » d’aujourd’hui en perdant des valeurs essentielles. N’y-a-t-il pas là matière à réflexion ?

Ce livre ne parle pas des déshérités, des familles en grande pauvreté, mais il contribue à faire comprendre un aspect de l’évolution de la société française.

Jean-Jacques Boureau

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