Bernard Doray, La dignité, Les debouts de l’utopie

Ed. La Dispute / SNEDIT, Paris, 2006, 345 pages

Daniel Fayard

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Bernard Doray, La dignité, Les debouts de l’utopie, Ed. La Dispute / SNEDIT, Paris, 2006, 345 pages

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Daniel Fayard, « Bernard Doray, La dignité, Les debouts de l’utopie », Revue Quart Monde [Online], 202 | 2007/2, Online since 01 October 2007, connection on 05 March 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/9157

Une des ambitions de cet ouvrage est probablement de croiser et faire circuler « les inventions par lesquelles des femmes et des hommes résistent en donnant corps à des utopies marquées au coin d’une éthique de la dignité »

Il peut s’agir de la dignité du quotidien, illustrée par cette citation de Frantz Fanon : « Pour le peuple colonisé, la valeur la plus essentielle, parce que la plus concrète, c’est d’abord la terre : la terre qui doit assurer le pain et, bien sûr, la dignité. Mais cette dignité n’a rien à voir avec la dignité-de-la-personne-humaine. Cette personne humaine idéale, il n’en a jamais entendu parler »

Il peut s’agir aussi de la dignité d’humanité, « celle qui est en cause chaque fois qu’un sujet est mobilisé par l’absolue nécessité de ne pas être complice de l’inhumanité d’une situation »

L’auteur entend prendre la mesure de la diversité des domaines, des pratiques sociales et des systèmes intellectuels « où la notion de dignité se trouve convoquée ». Ainsi, tour à tour, les uns et les autres sont examinés au regard de la dignité.

1. Le terrain et le concept dans ses œuvres. Aussi bien la résistance du Chiapas zapatiste (Mexique) que l’évolution de la psychiatrie face à la folie et de la bioéthique face à la marchandisation. Mais tout autant ce qu’il advient de cette notion chez des penseurs comme Pic de la Mirandole, Jean-Jacques Rousseau, Emmanuel Kant, Karl Marx et Sigmund Freud.

2. Les pratiques et les sciences de la société. Aussi bien le travail de recherche de Pierre Bourdieu que le travail d’investigation du juge Juan Guzman au Chili à l’encontre d’Augusto Pinochet. Mais tout autant la lutte militante des chômeurs en France, celle de Youri Bandazhevsky révélant les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, celle des réactions face à la catastrophe d’AZF à Toulouse.

3. Les porteurs de dignité. Aussi bien l’engagement d’artistes que la bravoure de certaines femmes, au Chili et au Mexique, ou la dénonciation de la torture pendant la guerre d’Algérie (Henri AlIeg).

Le lecteur peut avoir l’impression d’une grande dispersion des centres d’intérêt de l’auteur. Mais celui-ci a eu l’opportunité de s’entretenir avec de nombreux témoins, acteurs ou protagonistes dans ces divers champs et il poursuit avec eux la saisie de ce que représente pour eux la dignité. D’où, chemin faisant, le recueil de quelques définitions, comme par exemple : « La dignité fait de nous d’éternels apprentis hommes. » (Cf. J.J. Rousseau). « La dignité, c’est traiter l’homme dans le pauvre. » (Jack Ralite). « La dignité n’est rien d’autre que la mémoire vivante » (sous-commandant Marcos).

L’auteur, qui est psychiatre, psychanalyste et anthropologue, prône ce qu’il appelle des « thérapies de resymbolisation actives ». Pour lui, on doit prendre en compte « ce qui relie chaque humain à son humanité ». C’est un travail de culture, une recherche qui implique l’engagement subjectif dans le travail professionnel. Mais il y a une dimension collective que les psychologues à eux seuls ne sauraient appréhender puisque les problèmes sont politiques. Il faut « de véritables rencontres durables entre les chercheurs et les mouvements sociaux » (Richard Dethyre).

Daniel Fayard

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