Jean Bédard, Comenius, ou l’art sacré de l’éducation

Éd. J. C. Lattès, Paris, 2003, 326 p.

Daniel Fayard

Bibliographical reference

Jean Bédard, Comenius, ou l’art sacré de l’éducation, Éd. J. C. Lattès, Paris, 2003, 326 p.

References

Electronic reference

Daniel Fayard, « Jean Bédard, Comenius, ou l’art sacré de l’éducation », Revue Quart Monde [Online], 187 | 2003/3, Online since 01 January 2004, connection on 24 November 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/9274

Peu de gens connaissent aujourd’hui la vie et la pensée de Jan Amos Komensky, dit Comenius (1592-1670). C’est tout le mérite du québécois Jean Bédard, philosophe, éducateur et essayiste, de nous y introduire par un roman original puisque l’histoire de ce « Galilée de l’éducation » (l’expression est de Jules Michelet) nous est contée ici par sa fille Elizabeth. Ce choix rédactionnel ouvre les portes d’une grande intimité et restitue le vécu de toute une famille qui a du faire face à beaucoup d’adversités.

Comenius est né en Moravie (à l’est de la République tchèque actuelle). Devenu pasteur d’une petite communauté chrétienne « /’ Eglise de l’unité des frères », il fut contraint à cause des guerres et des persécutions d’aller d’exil en exil sur les routes de Pologne, de Bohême, de Hongrie, de Lituanie, d’Allemagne, et d’achever sa vie aux Pays-Bas. Trois fois veuf et père de quatre enfants, il connut des moments extrêmement difficiles pour sa propre survie et celle des siens. Mais malgré la traversée de tous ces malheurs, il poursuivit avec obstination ce qui lui tenait le plus à cœur : une réforme de l’éducation en vue d’une réforme de l’humanité. Viscéralement hostile à tout endoctrinement, il prônait une pédagogie de l’éveil et l’apprentissage de la fraternité et de la paix entre tous, riches ou pauvres. Invité à ouvrir des écoles par certains notables humanistes, il était pourchassé par d’autres qui contestaient sa philosophie jugée subversive.

Jean Bédard fait preuve d’un grand talent et d’une fulgurante imagination pour nous faire partager les émotions et les sentiments d’Elizabeth, son attachement dévoué à son père. Ce récit est aussi parsemé de nombreuses réflexions de ce dernier, très profondes et de portée universelle, d’où se dégage un nouveau regard sur l’enfance et une nouvelle pratique pour s’exercer à la responsabilité d’une liberté individuelle et collective. C’est à bon droit que Comenius a été considéré au XVIIe siècle comme un rénovateur.

Cet ouvrage est assez facile à lire et captivant, même s’il est parfois ardu de s’y retrouver dans l’imbroglio du contexte politique de cette période de l’histoire européenne particulièrement troublée.

Daniel Fayard

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