Selon les chiffres de l’ONU1, la misère continue de faire plus de victimes que les conflits armés, augmentés encore par le dérèglement climatique dont les plus pauvres sont les premiers impactés.
Depuis des décennies, le Mouvement ATD Quart Monde a mené des recherches-actions internationales sur le lien entre violence et grande pauvreté2, avec les personnes concernées. Quand elles sont activement sollicitées et que les conditions d’une prise de parole attendue et respectée sont réunies, elles nous rappellent que rompre le silence sur toutes les violences qu’elles subissent est une nécessité vitale, mais surtout elles apportent leur expertise quand il s’agit d’aborder les processus de paix : « Tant que je ne saurai pas quoi ramener à manger à mes enfants, je ne pourrai pas dire que je suis en paix. »3 Nelly Schenker, militante suisse4, ainsi que les participants à l’UPQM de Wallonie-Bruxelles5 expriment eux aussi clairement combien la recherche de paix peut être empêchée par les injustices subies, combien elle reste une longue marche hasardeuse, sur un sentier escarpé.
Les enfants, qui représentent un tiers de la population mondiale, sont plus d’un sur six à tenter de survivre dans un pays touché par des conflits. Beaucoup ont perdu des proches, certains ont été déracinés de leurs villages, d’autres ont vu leur enfance volée par la guerre6. « Il y a des bruits qui font peur, des gens qui pleurent et des maisons cassées. » Les camps de la Paix Tapori7 ont montré que paix et justice sont indissociables, mais qu’au cœur même des contextes les plus difficiles, les enfants gardent la capacité de rêver, d’agir et de transformer leur monde.
Un « Bel Espoir » également, ce navire-école de la paix qui a sillonné la Méditerranée en 2025, avec à son bord, une trentaine de jeunes de toutes nationalités désireux de s’engager pour la paix8. Mascha Join-Lambert, franco-allemande, témoigne quant à elle de l’impossibilité pour les gens de la génération d’après-guerre de parler de paix, de s’engager dans une grande cause comme celle du refus de la misère, sans cultiver en soi-même un esprit de réconciliation. Acteur du Mouvement citoyen pour la non-violence en Colombie9, le professeur Carlos Eduardo Martínez Hincapié propose une réflexion sur les modèles culturels sous-jacents aux pires crimes, commis avec la conviction individuelle et collective d’agir pour le bien de l’humanité. Responsabilité individuelle et sociale, la paix est simultanément une responsabilité des gouvernements et des États, ce que nous rappelle Marta Santos Pais : « Le temps est à l’action. Il n’est jamais trop tard pour construire la paix. »10.
