Entre l'errance et l'espoir de s'enraciner

Rédaction de la Revue Quart Monde

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Rédaction de la Revue Quart Monde, « Entre l'errance et l'espoir de s'enraciner », Revue Quart Monde [Online], 169 | 1999/1, Online since 05 September 1999, connection on 02 April 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/2565

Les exclus convergent vers les zones rurales démunies

Les Ariégeois de souche les appellent « les Indiens ». Chassés des villes par la misère, ils sont à la recherche d'une « réserve » où pouvoir vivre. Le département de l’Ariège est un de leurs derniers territoires possibles, une ultime étape de l'errance. Impossible de descendre plus bas. Les Pyrénées font barrière. Après, c'est l'Espagne. Ils débarquent donc ici, au pied de la montagne, avec leurs pauvres hardes, leur solitude, leurs blessures. RMistes, chômeurs de longue durée, SDF, femmes seules avec enfants, jeunes sans revenus, précaires et marginaux... le peuple chaotique des rejetés de la société envahit l'un des départements les moins peuplés de France, l'un des plus pauvres aussi, en proie à un vieillissement spectaculaire puisque le tiers de ses 136 700 habitants a plus de soixante ans. (Le Monde, 9-1-1999).

« Ils ne sont plus du voyage »

La scolarisation quasi-généralisée des enfants tziganes de « La Boire », à Blois

(du moins au-dessus de 6 ans) incite les familles à interrompre définitivement leur errance. D'autant que les petits travaux saisonniers sont de plus en plus difficiles à trouver, même pour les vendanges ou le maraîchage. Sur le terrain vague, ancien marais d'une zone inondable désormais empierré, de vrais nomades ont installé leur caravane. Ceux qui n'ont pas une combine pour l'eau vont à la douche municipale. Mais la plupart des familles campent ici à l'année, établies sur un petit bout de terrain qu'ils ont acheté... en zone inconstructible. Deux vivent même en HLM. Sur une trentaine de familles, deux perçoivent un salaire (chauffeur-livreur et ouvrier d'entretien). Les autres vivent du RMI et des allocations familiales. (La Nouvelle République, 5-2-1999).

L'éternel retour des gens du voyage

3 000 caravanes réparties sur une douzaine de campements sauvages sont recensées dans notre région. Les riverains crient au loup mais la plupart des maires ne respectent pas la loi.

Les cent familles de nomades, installées depuis le 11 novembre dans le parc François Mitterrand à Saint-Victoret devront quitter les lieux avant le 10 décembre à 6 heures du matin. Une décision que le maire a accueillie avec satisfaction... Il s'est néanmoins abstenu d'en rajouter. Car, à l'instar d'une majorité de maires, il se sait dans l'illégalité depuis 8 ans. La loi Besson du 31 mai 1990 oblige en effet les communes de plus de 5 000 habitants à construire sur leur territoire une aire d'accueil pour les gens du voyage...

« Pourtant, observe le directeur de l'AREAT,1 la plupart des maires de la région qui ont eu le courage politique de se conformer à la loi ne le regrettent pas, car ils n'ont plus ou presque de problèmes » et ont de toute façon la loi pour eux...

« Le problème (dit l'un des gens du voyage) c'est que les gens qui manifestent contre nous, ces gens qui ont peur de nous sans nous connaître, ils ne font même pas l'effort de venir nous voir. Pourtant, jure-t-il, s'ils faisaient la démarche comme certains la font parfois, ils seraient nos amis, c'est sûr... On est là, on existe, on est français et il faut bien qu'on s'arrête quelque part. Ce qui devrait d'ailleurs faire plaisir aux gens, puisque là où on nous accepte, on dépense notre argent. Certes, reconnaît-il, il y a aussi des canailles chez les nomades, mais la majorité d'entre nous élève ses enfants dans le respect des autres et dans l'honnêteté ». Les faits semblent lui donner raison. De source préfectorale, on indique que le lien n'a jamais pu être établi entre la présence de gens du voyage et l'augmentation de la délinquance. (La Provence, 4-12-98).

« Imposer le respect »

Parthenay vient de dégager, sur son territoire, une nouvelle aire de séjour de 5 000m2 extensibles, plus proches des commerces du centre et des écoles, avec un premier aménagement de six emplacements pour trois caravanes chacun, avec sanitaires privatifs et compteurs individuels pour éviter toutes controverses.

Bien sûr, cet équipement, incontestablement mieux adapté aux modes de vie des gens du voyage, a nécessairement un coût pour la collectivité, chiffré pour l'instant à 1,7 million de F. subventionnables.

Passé l'investissement, il faudrait, ensuite, faire face aux dépenses de fonctionnement, impliquant des emplois chargés de la gestion, de l'encadrement et de l'entretien. Mais aux yeux des plus motivés, « c'est le prix à payer de l'efficacité ».

A l'évidence, ce projet novateur va au-delà des simples exigences imposées par la loi Besson. Françoise Lacombe a conservé, de son enfance, des images de fraternité et de respect et fait de ce dossier l'une de ses raisons d'être au conseil municipal. (La Nouvelle République, 25-1-1999).

Les jeunes en difficulté formés à l'euro

L'association Grafic-Bretagne, basée à Rennes, forme des apprentis en difficulté d'insertion ou venant d'établissements spécialisés et les accompagne jusqu'au CAP. L'arrivée de l'euro est inévitablement venue se greffer au programme « Il nous a semblé important de sensibiliser les jeunes afin qu'ils soient mieux préparés, explique Daniel Bredoux, directeur de l'association. Les jeunes apprentis que nous accompagnons sur l'ensemble de la Bretagne rencontrent déjà de nombreuses difficultés à s'insérer socialement et professionnellement. Il ne faut pas que l'arrivée de l'euro les empêche de devenir autonomes dans leur quotidien ». (Ouest France, 27-28-2-1999)

Lille réapprend aux plus démunis à vivre dans une maison

Ce qui était il y a un an encore une courée insalubre occupée par des squatters est devenu un ensemble de maisons proprettes où vivent sept familles en attente de relogement.

500 familles bénéficient actuellement du Fonds d'aide aux impayés. Cause principale des retards de loyers : le surendettement qui représente 30% des situations et ne cesse d'augmenter. ( ... ) Dans 50% des cas, un accompagnement social est nécessaire pour éviter la rechute.

Pour prévenir les impayés, l'équipe d'Oslo souhaite créer une Ecole des locataires. Une série d'ateliers proposeraient aux familles une formation à la gestion du budget, la maîtrise de l'énergie et même l'entretien courant et les petites réparations. Soutenu par plusieurs partenaires : ATD Quart Monde, EDF-GDF, Maison de l'habitat, le projet pourrait démarrer courant 1999. (La Croix, 30-12-1998)

« Parcours de femmes », de la prison à la réinsertion

Madame Sanguinette est responsable de l'association créée en 1995 et qui agit principalement dans les prisons de Rouen et du Nord (Loos).

« Cent femmes sont actuellement incarcérées à Loos. L'association correspond régulièrement avec elles et essaie de répondre à leurs demandes...

A travers les lettres et deux permanences hebdomadaires pour les familles, en face de la maison d'arrêt, Madame Sanguinette ressent l'inquiétude de ces femmes pour leurs enfants. Ils sont souvent placés dans des foyers, si la famille est monoparentale. Les centres de détention pour femmes sont peu nombreux. Elles se trouvent souvent éloignées de leurs enfants... Les fêtes de fin d'année renforcent la déchirure de la séparation... A Loos, 60 détenues ont des enfants.

A la sortie de prison, il faut redémarrer dans la vie... l'association joue un rôle de tremplin qui permet aux femmes de repartir sur de nouvelles bases plus solides... Beaucoup de femmes sont en prison pour des affaires de toxicomanie. Leur détresse est souvent énorme. Mais on reçoit des femmes merveilleuses de courage et d'envie de vivre pour qui ça va bien.

Pour les aider, « Parcours de Femmes » travaille en réseau avec des associations de réinsertion, des centres de formation... L'hébergement est aussi une priorité... (La Voix du Nord, 23-1-99).

Portugal : un quartier d'Amadora reloge des défavorisés

La ville d'Amadora et la Fondation CEBI ont signé un protocole de coopération pour reloger 300 personnes, soit 102 familles : foyers monoparentaux, femmes victimes de mauvais traitements et personnes âgées seules qui habitent le quartier du Zambujal. Il y aura des cuisines et des restaurants communautaires pour ceux qui n'ont pas la possibilité de faire à manger. En ce qui concerne les femmes seules et avec enfants, la Fondation CEBI va faire le nécessaire pour que ces mères de famille travaillent le plus près possible du domicile ; un autre objectif c'est de préparer les gens pour le marché du travail et pour cela la Fondation a l'intention de créer des entreprises dont la vocation serait l’insertion sociale. Le nouveau quartier de relogement aura un centre d'accueil et de loisirs, des crèches et des espaces verts, pour que tout le monde s'y plaise…». (Correio da Manhà, 26-2-1999).

10 000enfants souffrent encore de saturnisme

Une expertise de l'Inserm fait le point sur les risques pour la santé liés au plomb.

Le ministre Bernard Kouchner rappelle que la mise en place d'un plan de prévention du saturnisme - intoxication au plomb - est prévue dans le cadre de la loi d'orientation contre les exclusions du 29 juillet 1998.

Comme souvent, a fait remarquer le ministre, la maladie s'acharne sur les plus faibles. Le plomb est présent dans les peintures anciennes qui se dégradent. Les habitants des logements insalubres inhalent ou ingèrent des poussières de plomb très nocives pour le développement psychomoteur des enfants... Bernard Kouchner s'est engagé, avec le ministre du logement, Louis Besson, à instaurer un seuil d'alerte pour le déclenchement des mesures d'urgences...

Les experts recommandent que les acteurs médicaux et sociaux en relation avec les jeunes enfants et les femmes enceintes soient sensibilisés à la question et capables d'interroger les familles afin de détecter une zone à risques. Une circulaire sera remise au préfet afin de mieux identifier ces zones... (La Croix, 14-1-99).

Les Droits de l'homme, trame de notre existence

« Je ne saurais souscrire à la thèse selon laquelle leur respect est un luxe de pays riches que le monde en développement ne peut pas se permettre...

On sait maintenant à quel point le respect des droits fondamentaux est indispensable au développement et au progrès des sociétés.

Les droits de l'homme ne sont pas des privilèges que les gouvernements peuvent accorder ou retirer à leur guise, mais sont indissociables de la valeur que nous attachons à la dignité humaine. La responsabilité des gouvernements, c'est de veiller à ce que les conditions voulues soient réunies pour que chacun puisse jouir de ses droits fondamentaux : droit à la vie, à la sécurité, à l'éducation, mais aussi liberté d'opinion, d'expression, d'association... Mais c'est à chacun d'entre nous qu'il appartient de les faire siens, de s'en imprégner, de les réaliser au jour le jour, à titre individuel aussi bien que collectif. En matière de droits de l'homme, nous avons tous un devoir de conscience et de vigilance... Une véritable culture des droits de l'homme est en train de se faire jour, une culture dans laquelle l'exercice et la défense des droits fondamentaux ne sont pas l'affaire de quelques-uns - diplomates, gouvernants ou militants - mais celle de chacun d'entre nous. Ce n'est qu'alors que la Déclaration universelle ne sera plus un idéal commun à atteindre mais le fondement de toutes les sociétés. » déclare Monsieur Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU (Le Monde, 8-12-98).

1 Areat : association régionale d’études et d’actions auprès des tziganes
1 Areat : association régionale d’études et d’actions auprès des tziganes

CC BY-NC-ND