N° 152, 1994/4   •  L'école de tous les enfants
Dossier

L’école de tous les enfants

Louis Join-Lambert
  • publié en octobre 1994
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1994/4

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Enseignement, école
Texte intégral

Ce dossier regroupe simplement, sans prétention à une réflexion d’ensemble, quelques contributions sur l’enseignement des droits de l’homme et de l’enfant à l’école. Il montre surtout comment un tel thème implique souvent la réévaluation de nos pratiques avec les enfants et, on le verra, par conséquent avec leurs familles.

Il y a deux ans, Amnesty International et ATD Quart Monde avaient de concert organisé un séminaire d’été de l’Education nationale, à Amiens, sur l’éducation aux Droits de l’homme à l’école. Deux des communications faites à ce séminaire, celles de Marie Verkindt et de Patricia Heyberger, sont reprises dans ce dossier. A ces articles s’ajoute celui d’Alain Bourgarel, issu de l’université d’été « Relations école-parents d’élèves en zone d’éducation prioritaire » organisée par le Centre de formation et d’information pour la scolarisation des enfants de migrants de Versailles, en 1992. En fin, le dossier livre une expérience de « lecture » des droits de l’homme faite par des enfants à travers un roman.

De ces expériences réfléchies, je me permets de souligner deux traits particulièrement significatifs et moteurs.

Le premier est que les enseignants, les militants qui s’expriment ici ont été amenés à prendre les enfants les moins respectés par leurs camarades pour point de repère de la pédagogie. Munis de cette boussole d’une formation à la compréhension de ce que ces enfants vivent, ils ont su inventer des situations où ces enfants pouvaient justement avoir un apport  substantiel d’expérience et de réflexion.

A l’heure où notre civilisation, pour ne pas dire la planète entière, ne sait plus penser un monde auquel chacun contribue, ces expériences – que leurs auteurs jugent trop modestes pour qu’elles soient rendues publiques – sont pourtant de celles qui nous remettent face à notre manière de bâtir un monde sans exclusion.

Le deuxième trait, relevé dans les articles de ce dossier, est que l’enfant apparaît, entre famille et école, comme ambassadeur de l’estime de l’une pour l’autre. D’une estime souvent malmenée par la difficulté de se comprendre. Cette estime n’est pas seulement un sentiment.

Il s’agit d’une coopération entre des personnes qui au-delà de leurs dépendances mutuelles, sont libres de vouloir se comprendre. Au-delà de leurs savoirs habituels, elles sont capables de nouveautés, ouvrant leur perception pour comprendre, créant des expressions pour se faire comprendre. En un mot, de participer à la culture humaine. Dans cet espace culturel entre son monde singulier et le monde commun hérité et entretenu par l’école au nom d’une société, l’enfant œuvre, dès aujourd’hui, pour un monde commun à tous, apportant à ce monde l’expérience et la pensée des copains plus difficiles à comprendre, ou le privant de cette richesse.

Comprendre les copains plus difficiles à comprendre c’est, à sa mesure, emboîter le pas aux esprits les plus féconds et souvent, après coup, les mieux estimés. Rappelons-nous, rappelons-lui que les grandes œuvres ont su comprendre une part d’incompréhensible, dire une part d’indicible. La culture est-elle autre chose ?

Pour citer cet article Louis Join-Lambert, « L’école de tous les enfants », Revue Quart Monde, Année 1994, L'école de tous les enfants, Dossier, mis à jour le : 15/09/2009,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/3209.