Gregory Kingsley, 12 ans, contre Rachel Kingsley, sa mère, 30 ans

Fanchette Clément Fanelli

References

Electronic reference

Fanchette Clément Fanelli, « Gregory Kingsley, 12 ans, contre Rachel Kingsley, sa mère, 30 ans », Revue Quart Monde [Online], 145 | 1992/4, Online since 05 May 1993, connection on 08 August 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/3525

Index de mots-clés

Enfance, Famille, Justice, Placement

Index géographique

Etats Unis d'Amérique

Il a demandé à être définitivement séparé d’elle, à ce qu’elle ne soit plus sa mère. Cela lui a été accordé par la justice. Il est maintenant le fils adoptif du couple aisé qui l’avait retiré d’un home d’enfants.

Seule, sans travail, ne parvenant pas à élever ses deux enfants avec la seule allocation de l’aide sociale, Rachel avait demandé le placement de Gregory, alors âgé de quatre ans. Depuis lors, il a changé trois fois de placement.

Le verdict nous atteint en plein cœur, puisque Rachel rejoint tous les autres parents cassés ou torturés pour le reste de leur vie par une justice qui ne peut leur faire justice. Au-delà du verdict, le procès lui-même pose question.

A t-on le droit de donner le droit à un enfant de 12 ans de traîner sa mère devant le tribunal ? Etait-il nécessaire que l’enfant attaque ainsi publiquement sa maman, qu’il la couvre de honte en décrivant sa vie de misère, pour pouvoir être lui-même libéré de la misère ?

Public, le procès devenait inévitablement la proie des médias. Qu’ils soient favorables ou défavorables au verdict, les commentaires - ils furent nombreux aux Etats-Unis et dans le monde – ne pouvaient être qu’indécents, puisqu’ils révélaient à tous l’intimité d’un être souffrant. Dans un grand quotidien d’un pays européen, un long article entourait deux photos, prises à l’issue du procès. Leur juxtaposition même était insoutenable. La légende aurait pu en être cette phrase, lue le même jour dans un journal new yorkais : « Mère nécessiteuse contre enfant jubilant. » La mère était l’image même de la misère, l’attitude humiliée, prostrée dans son chagrin. L’enfant avait l’air épanoui et offrait un visage dynamique, plein d’espoir. La photo de la maman la présentait tournée vers la gauche et le bas tandis que celle du jeune dirigeait les regards vers la droite et le haut. Le dos à dos était comme un point final.

La plupart des commentateurs s’accordaient à dire que le « système » n’a pas su aider Rachel Kingsley à vivre en famille, a fait du tort à elle et à ses enfants, et a donc une grande part de responsabilité. Aucune peine n’a, cependant,été prononcée contre ledit système. Seule condamnée a été une jeune femme trop pauvre et trop seule pour que ses arguments fassent poids.

Seuls peuvent encore peser dans le cœur de son fils, des nouveaux parents, de tous ceux qui les ont entendus ou lus, de nous tous, les quelques mots de sa résistance à la déchéance, mots venus de son cœur de mère : « Je veux qu’il sache que je l’aime. »

CC BY-NC-ND