Dossier

L’aventure du partenariat avec les plus pauvres

Louis Join-Lambert
  • publié en février 1991
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1991/1
Texte intégral

Cet hiver, comme pendant les périodes où le froid sévit gravement, l’attention de tous est attirée par les médias sur l’urgence de la situation des personnes et des familles à la rue. A travers ce qu’un tel tableau a d’insupportable se rappelle la nécessité d’une lutte contre la pauvreté.

Qui pourrait s’en défendre ? L’agression physique du froid, chacun peut l’éprouver ne serait-ce qu’un peu, ramène la souffrance des plus pauvres sur le devant de la scène. Et avec leur souffrance, parfois leur mort, c’est leur humanité qui en appelle à la nôtre.

Le reste du temps, la souffrance pourtant très réelle de la misère n’affleure quasiment pas à la conscience publique. Une série de dispositifs donnent l’illusion qu’elle n’est pas à prendre en considération. Rares, très rares, sont les services orientés vers l’aide sociale des plus démunis, dans lesquels la souffrance concrète de telle personne ou de telle famille peut être évoquée. C’est encore moins le cas des administrations, des études et des enquêtes qu’elles commandent.

Ainsi, on évite peut-être la tyrannie d’un sentimentalisme et d’un misérabilisme qui aliènent les plus pauvres autant que ceux qui se croiraient leurs bienfaiteurs. Mais, à l’inverse, on oublie qu’une politique de lutte contre la grande pauvreté repose d’abord, qu’on le veille ou non, sur le refus commun d'une souffrance. Refus commun à ceux qui la subissent et à ceux qui ont des moyens complémentaires de la combattre efficacement.

Le rapport du père Joseph Wresinski au Conseil économique et social français, voté il y a quatre ans, apparaît à beaucoup d'acteurs et de responsables de la lutte contre la grande pauvreté comme un instrument de référence. Pourquoi ? Parce qu’il resitue sans cesse les instruments actuels, ou souhaitables, d'une telle lutte comme des outils au service de partenaires, les plus pauvres et tous les autres citoyens unis par leur attachement commun à la dignité de tout homme.

C’est la raison pour laquelle ce dossier de la revue Quart Monde est un retour au rapport Wresinski et à ses suites.

Nous l’avons ordonné d’abord autour du thème du partenariat avec les plus pauvres. Des recommandations fondamentales du rapport, c’est probablement celle qui recèle le plus de dynamisme et qui provoque le plus de résistance. Les familles du Quart Monde qui participent au Mouvement dans plusieurs pays ont adhéré à une démarche analogue à celle que le père Joseph a pu proposer au Conseil économique et social. Plusieurs instances publiques ont compris l’importance d’établir une connaissance de la grande pauvreté avec les plus pauvres eux-mêmes. Il est donc utile de commencer à prendre connaissance de la réflexion issue de telles expériences. Toutes ces réflexions prolongent d’ailleurs le dossier précédent de notre revue sur la représentation des plus pauvres (N°137). Nous y avons ajouté une réflexion sur la presse qui touche aussi directement à la crédibilité des plus pauvres en tant que partenaires pour l’action.

Ces articles suggèrent tous qu’il n’y a pas de vrai partenariat possible sans volonté d’en créer la culture, le terrain commun. Et le terrain commun, comme le titre de l’article de Claude Ferrand le rappelle, n’a de chance d’apparaître que si nous acceptons de rencontrer d’abord les plus pauvres sur leur propre terrain. C’est dans cette perspective que les suites données au rapport Wresinski en France ou dans d’autres pays prennent leur sens.

Parmi les suites données en France, certaines sont décrites ici sans prétention à en donner un tableau exhaustif. On ne dit rien, par exemple, du revenu minimum d’insertion (RMI) auquel nous reviendrons dans un prochain numéro. L’important est de savoir ce qui change pour les personnes et familles en grande pauvreté. La loi sur le logement des plus démunis, celles sur le crédit formation individualisé (CFI) ouvrent des espoirs directement. Ces lois donneront ce qu’en feront les partenaires qui les mettront en œuvre. C’est donc à chacun d’entre nous de chercher où sont les chances à saisir avec les plus pauvres pour que leur condition change réellement. D’autres mesures comme l’amélioration de la connaissance, notamment statistique de la précarité et de la grande pauvreté sont des étapes indispensables d’un effort continu et de l’évaluation de ses résultats. C’est pourquoi un article fait le point des difficultés actuelles et des perspectives de progrès de cette connaissance statistique en France.

Pour citer cet article Louis Join-Lambert, « L’aventure du partenariat avec les plus pauvres », Revue Quart Monde, Année 1991, L'aventure du partenariat avec les plus pauvres, Dossier, mis à jour le : 20/11/2009,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/3769.