Guillaume Le Blanc. L’insurrection des vies minuscules

Éd. Bayard, collection « Les révoltes philosophiques », 2014, 156 pages

Marc Leclerc

p. 58-59

Référence(s) :

Guillaume Le Blanc. L’insurrection des vies minuscules. Éd. Bayard, collection « Les révoltes philosophiques », 2014, 156 pages.

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Marc Leclerc, « Guillaume Le Blanc. L’insurrection des vies minuscules », Revue Quart Monde, 237 | 2016/1, 58-59.

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Marc Leclerc, « Guillaume Le Blanc. L’insurrection des vies minuscules », Revue Quart Monde [En ligne], 237 | 2016/1, mis en ligne le 20 août 2016, consulté le 29 octobre 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/6583

Dans ce petit essai philosophique, d’une lecture aisée et agréable, l’auteur témoigne d’un point de vue singulier sur notre société, celui du « témoin précaire » - qui n’est autre en l’occurrence que le personnage de Charlot. Le regard de Charlie Chaplin, qui a connu lui-même la pauvreté et la précarité, en fait un témoin privilégié du vingtième siècle, vu « d’en bas », du point de vue de ces vies « insignifiantes », minuscules, qui ne comptent pas aux yeux de notre monde ; celles de tous les précaires incarnés par Charlot, toujours aux marges de l’ordre social, chassés, pourchassés sur les routes, qui habitent « nulle part, n’importe où », qui font tous les métiers, ou aucun, qui peinent à constituer une famille comme refuge d’humanité, sans patrie, sans reconnaissance sociale. L’analyse très fine de toute l’œuvre de Charlie Chaplin, non sans références aux quelques commentaires philosophiques qu’elle a suscités, donne aux grandes questions du siècle passé - dont la fameuse triade vichyssoise « travail, famille, patrie » - une portée singulièrement renouvelée.

C’est toute une vision de l’homme qui se dégage de ce regard, en même temps qu’une critique sociale aiguë, à l’ironie dissolvante de tous les faux-semblants, mais en réalité constructrice d’humanité, à travers une forme d’art très pointue.

Ce livre témoigne de la force créatrice, paradoxale, du « témoin précaire », capable de renouveler le regard du monde, à travers l’art de Chaplin, alors même qu’il semblait condamné à l’inutilité, à l’inexistence sociale. En ce sens, c’est un regard subversif de l’ordre institué, alors que ni Charlot, ni Chaplin, ni l’auteur de l’essai ne prétendent à une action politique capable de changer la société ; mais en l’éclairant sur elle-même, ils la changent en profondeur. Et ce changement, ce sont les « précaires », les marginaux et les laissés-pour-compte qui en sont les initiateurs.

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