Giacomo Todeschini. Au pays des sans nom

Gens de mauvaise vie, personnes suspectes ou ordinaires du Moyen Age à l’époque moderne. Éd Verdier, 2015.

Michèle Grenot

p. 59

Bibliographical reference

Giacomo Todeschini. Au pays des sans nom. Gens de mauvaise vie, personnes suspectes ou ordinaires du Moyen Age à l’époque moderne. Éd Verdier, 2015.

References

Bibliographical reference

Michèle Grenot, « Giacomo Todeschini. Au pays des sans nom », Revue Quart Monde, 237 | 2016/1, 59.

Electronic reference

Michèle Grenot, « Giacomo Todeschini. Au pays des sans nom », Revue Quart Monde [Online], 237 | 2016/1, Online since 20 August 2016, connection on 26 October 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/6585

Dans cet ouvrage, l’historien italien Giacomo Todeschini dénonce les méfaits générés par le pouvoir des mots et des discours du pouvoir, à partir de l’analyse des textes canoniques et juridiques de l’Antiquité aux temps modernes.

Il souligne le rapport entre religion et droit, religion et économie : « Les hommes ne pouvaient considérer comme digne de confiance qui s’était montré infidèle envers Dieu. » Qui pouvait en juger ? Là intervient le rôle de la « fama », de la renommée de plus en plus prégnante. On accorde crédit, on donne sa confiance au niveau du marché, comme au niveau civil pour désigner celui qui a droit ou non de témoigner en justice, à celui qui a une bonne renommée. La liste de ceux catalogués comme « infâmes » ou de ceux soupçonnés d’infamie s’agrandit, produit une société de la peur, de la défiance : les infidèles, les malfaiteurs, les juifs, les hérétiques, les usuriers, mais également ceux qui exercent un métier considéré comme vil ou déshonorant : bourreau, prostituée, domestique ; et plus largement les étrangers, les femmes et les « inférieurs » : les êtres difformes, les pauvres.

« L’infamie des pauvres » s’enracinait dans leur assujettissement à un pouvoir ou à un maître qui pouvait les faire céder au chantage, les soudoyer pour dire le faux ou encore succomber à des mauvais sentiments comme la colère ou le désir de vengeance et faisait d’eux des êtres « minores » inférieurs au niveau social, incapables de témoigner dans un tribunal ou devant un juge.

L’auteur signale encore une contradiction manifeste en matière de mendicité et d’aumône entre le consensus autour du vol autorisé en cas de nécessité, les biens de la terre appartenant à tous, et le regard porté sur les mendiants valides, considérés comme des faux pauvres qui refusent de travailler par paresse.

Ce livre a le mérite de dénoncer et donc de mettre en garde contre le processus du langage historique, qui historiquement a conduit à exclure, à jeter l’infamie, notamment sur les pauvres.

Michèle Grenot

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