Cordon sanitaire ou lien social ? Il faut choisir !

Jean Tonglet and Jacqueline Chabaud

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Jean Tonglet and Jacqueline Chabaud, « Cordon sanitaire ou lien social ? Il faut choisir ! », Revue Quart Monde [Online], 161 | 1997/1, Online since 05 August 1997, connection on 15 November 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/688

Index chronologique

1997/1

Jean Tonglet.

N’est-ce pas la SNCF qui, il y a quelques années, lançait une campagne de publicité en déclinant le thème : « Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous » ? Or si l’on en croit une brève information parue dans Le Point (2 novembre 1996), la voici tentée d’organiser une forme sophistiquée d’apartheid social. Les chemins de fer français envisageraient de proposer cette année des métros directs Paris-Roissy Charles de Gaulle, afin d’éviter les arrêts dans des banlieues vues comme n’étant pas toujours recommandables. Selon cette même information, les clients de l’aéroport seraient même rassemblés en surface, dès la Gare du Nord et « guidés jusqu’à leur métro. Sans doute prévoira-t-on pour l’occasion des portiques « Vip’s only », quelques pancartes - en verlan peut-être - « no blacks, no beurs » et un signal « banlieusards interdits » ?

Curieuse manière pour une société dont l’actionnaire est l’Etat d’assurer sa mission de service public et de participer à la mobilisation, souhaitée générale, contre la fracture sociale !

Il est certes plus facile de contourner les banlieues indésirables, ou de les entourer de hauts murs selon une habitude prise sous d’autres latitudes, que de contribuer à ramener la vie, l’emploi et la dignité. Slogan pour slogan, il faut espérer que la SNCF se rappellera celui de France Télécom : « Notre métier est de relier les hommes » et enterrera définitivement ce projet qui n’aurait jamais dû naître !

  1. Les étoiles ne meurent pas en hiver

Jacqueline Chabaud

Guerres, attentats, tueries sur les routes ou dans les établissements scolaires, viols d’enfants et de femmes, homicides distillés à coups de sang contaminé, de vaches rendues folles, de médicaments anti-nanisme... Et lors des semaines de grand froid qui s’est abattu sur l’Europe, des centaines de personnes sans domicile ou sans chauffage sont mortes de ne pas avoir été aimées, au-delà de la cause immédiate de leur décès. La liste est longue de cette actualité quotidienne qui creuse dans la mémoire de chacun un charnier sans fin. Sous prétexte de ne pas sombrer dans le désespoir, faudrait-il fuir cette réalité-là ?

Fuir n’est pas vivre, les familles obligées à l’errance le savent mieux que quiconque. Pour rester debout, elles ont besoin de garder une étoile au cœur. Pour avancer, elles ont besoin de la nôtre. Comme tout un chacun.

Par exemple, même ces jours si froids furent éclairés d’étoiles. Des milliers d’hommes et de femmes à la rue ont manifesté envers et contre tout leur volonté de vivre et leur dignité : les uns en choisissant le refuge d’un foyer d’hébergement, les autres en inventant des moyens supplémentaires de résister à la température. Des milliers d’autres se sont acharnées à porter secours afin d’empêcher la mort de leurs semblables. Parmi ces milliers d’autres, des familles du Quart Monde se sont souciées de plus démunies encore qu’elles. Elles les ont signalées à des amis afin qu’ils apportent ici du bois, là un radiateur électrique. Elles ont hébergé ceux qui sont à la rue.

Ou, comme à Caen, elles ont rendu un hommage public à un homme trouvé mort de misère sous le banc d’un abribus. Selon l’article du journal signalant ce drame, la cause immédiate du décès pourrait être non le froid mais un étranglement dû à une absorption de cacahuètes. La justice a donc ordonné une autopsie. Mieux aurait valu permettre à cet homme des moyens de vivre normalement, bien sûr. Mais en décidant cette autopsie, la justice, ne rappelle-t-elle pas que « Tout homme est un homme » comme dit un proverbe africain ?

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