Marcus Rediker, À bord du négrier. Une histoire atlantique de la traite

Éd. du Seuil, oct. 2013, 548 p.

Jacques-René Rabier

p. 60

Bibliographical reference

Marcus Rediker, À bord du négrier. Une histoire atlantique de la traite, Éd. du Seuil, oct. 2013, 548 p.

References

Bibliographical reference

Jacques-René Rabier, « Marcus Rediker, À bord du négrier. Une histoire atlantique de la traite », Revue Quart Monde, 229 | 2014/1, 60.

Electronic reference

Jacques-René Rabier, « Marcus Rediker, À bord du négrier. Une histoire atlantique de la traite », Revue Quart Monde [Online], 229 | 2014/1, Online since 01 September 2014, connection on 24 October 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/7875

La lecture de ce gros livre est sans doute une épreuve, non seulement du fait de son nombre de pages, mais surtout parce qu’il porte sur l’une des périodes les plus tragiques de notre histoire transatlantique : celle de la traite des Noirs, c’est-à-dire de la capture, de la commercialisation, du transfert d’un continent à l’autre et du travail forcé de quelque quarante millions de prisonniers africains, du 15ème au 19ème siècle.

L’auteur, professeur à l’Université de Pittsburgh (Pennsylvanie), est connu comme spécialiste de l’histoire des relations maritimes transatlantiques, (et aussi comme militant des Droits de l’homme).

Dans ce livre, récemment traduit en français, il a pris pour cadre de son exposé - solidement documenté - des faits historiques un « bateau négrier », c’est-à-dire l’une de ces embarcations affrétées par des commanditaires, (Britanniques ou Américains pour la plupart), confiées au commandement d’un capitaine, recruteur lui-même d’un équipage, et chargées de quelques centaines de « Nègres » : hommes, femmes et enfants, traités comme du bétail, c’est-à-dire comme une cargaison ayant valeur marchande... Cette marchandise humaine avait été acquise - ou plus généralement capturée - par des Africains et devait être transportée au moindre coût jusqu’en Amérique, où se tenaient des marchés de main-d’œuvre pour les plantations, dont les produits étaient innocemment appréciés par nos ancêtres...

Le récit est terrifiant... Comment ne pas évoquer, de nos jours, des événements tragiques qui ont eu lieu dans nos pays, il y a quelques dizaines d’années ? Ce livre nous rappelle, s’il en est besoin, que nos nations - dites « civilisées » - ont connu, elles aussi, des comportements collectifs que l’on ne peut qualifier que de criminels. Le drame commence lorsque l’Homme considère l’Autre comme un individu, une sorte de marchandise, pour ainsi dire, et non comme une personne, un semblable...

Jacques-René Rabier

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