Jeanne Herry. Pupille

Un film de fiction, France, 2018

Bella Lehmann-Berdugo

p. 51

Bibliographical reference

Jeanne Herry. Pupille, fiction, France, 2018, 110 minutes.

References

Bibliographical reference

Bella Lehmann-Berdugo, « Jeanne Herry. Pupille  », Revue Quart Monde, 249 | 2019/1, 51.

Electronic reference

Bella Lehmann-Berdugo, « Jeanne Herry. Pupille  », Revue Quart Monde [Online], 249 | 2019/1, Online since 01 September 2019, connection on 12 November 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/7945

Ce film, traité comme un bon documentaire, est l’histoire de Clara et de son fils Théo. Théo est remis à l’adoption par sa mère biologique le jour de sa naissance. Celle-ci arrive in extremis et seule pour accoucher. On ne saura rien d’elle si ce n’est qu’elle est étudiante. Elle a deux mois pour revenir sur sa décision, ou pas. L’enfant est bel et bien confié et non abandonné. Pendant cette première période de sa vie, incertaine, en suspens, le bébé est pupille provisoire de l’État, sous sa protection et ses soins. Le film raconte la vie de cet enfant entre 0 et 2 mois, et surtout l’accompagnement que font toutes les figures maternelles qui se penchent sur son berceau, avec douceur, attention, bienveillance, inquiétude et un professionnalisme qui n’exclut ni l’affectivité ni l’humanité.

Il y a la sage-femme qui le fait naître, puis l’infirmière de la maternité qui le nourrit avec tendresse. Il y a Mathilde, qui explique la marche à suivre, les papiers, ses droits à la jeune mère. Il y a Karine, l’éducatrice spécialisée qui fait le lien entre les parents « candidats » à l’adoption, l’équipe des assistantes sociales (elles doivent trouver des parents pour un enfant et non l’inverse), la famille d’accueil temporaire, la pédiatre et l’enfant. Il y a Jean, l’assistant familial (enfin un homme !) : « Ses bras c’est moi ! », qui l’accueille dans son foyer (à un moment de sa vie où il est en proie à des doutes). Il joue un père de substitution attentif, affectueux, très concerné par le bien-être du bébé : « Je ne veux pas contaminer le petit » dit-il.

Le film comporte des silences, beaucoup de gros plans de visages. Il met en lumière combien le contact charnel, le regard et la parole permettent au nourrisson de s’éveiller à la vie, d’avoir envie de vivre. Un hommage au petit garçon du film qui s’avère étonnant, grâce à la caméra de la réalisatrice, sensible comme une caresse (mais les acteurs ont beaucoup joué avec des poupons).

Le récit se déploie avec suspense : l’état de santé du bébé qui cause du souci, les assistantes sociales qui défendent leurs dossiers avec l’intelligence du cœur et enfin quelques apartés sur la vie personnelle des protagonistes, qui donnent un contrepoids, une aération. Alice, la mère adoptive est toute en retenue, en justesse, en humilité. Une femme qui vivra désormais en famille monoparentale et qui a repris confiance en elle car elle inspire confiance à l’équipe.

Un film très bien rythmé, réaliste, pudique, sensible, sur la parentalité, la naissance des liens à travers le langage corporel et parlé, la chaîne vertueuse du travail collectif social autour de l’adoption d’un petit être humain.

Bella Lehmann-Berdugo

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