Droits de l’homme : « Nous avons trouvé un chemin...»

Jean Tonglet

References

Electronic reference

Jean Tonglet, « Droits de l’homme : « Nous avons trouvé un chemin...» », Revue Quart Monde [Online], 205 | 2008/1 et 2, Online since 05 November 2008, connection on 15 November 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/1986

Index chronologique

2008/1-2

Index thématique

ATD Quart Monde

En février 1988, l’Ambassadeur Leandro Despouy, chef de la délégation de la République d’Argentine à la Commission des droits de l’homme de l’ONU, apprenait le décès du père Joseph Wresinski. Il se souvint alors de sa rencontre, un an plus tôt, avec le fondateur d’ATD Quart Monde venu interpeller la commission pour qu’elle s’attaque à la question centrale des liens entre l’extrême pauvreté et les droits de l’homme. Cette demande ne pouvait rester lettre morte. Dès lors que son auteur n’était plus de ce monde, il fallait la relayer. Leandro Despouy prépara un projet de résolution qu’il dut, provisoirement, se résoudre retirer de l’ordre du jour, les esprits n’étaient pas mûrs. Il fallait se donner plus de temps pour bâtir un consensus. Parrainée par la France, la première résolution « Droits de l’Homme et Extrême pauvreté » était adoptée en février 1989.

La Revue Quart Monde a consacré des dossiers à cette thématique. Elle y revient aujourd’hui, car le Conseil des Droits de l’homme, est invité à se prononcer sur un « projet de principes directeurs sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme », élaboré par un groupe de travail présidé par José Bengoa, expert chilien, projet qui a été adopté en août 2006 par la sous-commission des droits de l’homme.

Le dossier de ce numéro est consacré à la manière originale à travers laquelle ce projet de principes directeurs a été élaboré. En effet, le groupe de travail présidé par José Bengoa, n’a pas voulu rester entre experts : anticipant une des demandes principales des populations concernées, à savoir le droit d’avoir son mot à dire, il a voulu organiser une consultation en bonne et due forme des personnes, familles et groupes de population défavorisées, à travers des rencontres régionales en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud et en Europe.

En lisant les propos d’Adonis Salas, des Philippines, de Oumy Ndione au Sénégal, de Noi en Thaïlande, d’Alvino Sana au Pérou ou d’Isabelle, en France, et de tous les autres, en s’imprégnant du dialogue qu’ils ont su nouer avec les experts membres du groupe de travail, l’on découvre à quel point cette intelligence nous est indispensable pour affronter les défis que notre monde doit relever. Me revenaient à l’esprit, en lisant ces pages, ces mots du père Joseph s’adressant aux militants du Quart Monde, à la salle de la Mutualité, en novembre 1977 : « Nous ne pouvons apporter de grand savoir, nous ne pouvons apporter ni or, ni argent, mais nous avons ce que les autres n’ont pas, et qu’ils doivent connaître, c’est notre expérience, notre expérience de l’exclusion ».

Jean Tonglet

By this author

CC BY-NC-ND