Alwine de Vos van Steenwijk, Comme l’oiseau sur la branche

Histoire des familles dans la grande pauvreté en Normandie, Éditions Science et Service, Paris, 1986, 252 pages.

Olivier Gérhard

Bibliographical reference

Alwine de Vos van Steenwijk, Comme l’oiseau sur la branche, Histoire des familles dans la grande pauvreté en Normandie, Éditions Science et Service, Paris, 1986, 252 pages.

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Olivier Gérhard, « Alwine de Vos van Steenwijk, Comme l’oiseau sur la branche », Revue Quart Monde [Online], 124 | 1987/3, Online since 01 June 1988, connection on 12 August 2022. URL : https://www.revue-quartmonde.org/8702

Ce livre marque une étape importante parce qu’il introduit une relecture de l’histoire à travers le regard des familles du Quart Monde. Tout au long de l’histoire de France, les familles très pauvres ont connu des souffrances, dues notamment aux guerres (avec les famines, les destructions, mais aussi l’enrôlement forcé) ou dues à la rupture de systèmes de solidarités existants (comme au moment de la Révolution française). Elles ont connu aussi des temps d’espoir quand, par exemple, un essor économique a ouvert de nouvelles perspectives ou quand l’Eglise a accueilli ceux qui pour elle, représentaient le Christ.

Pourtant, il reste le plus souvent une question, une terrible ignorance : jusqu’à quels extrêmes ont souffert les pauvres ?

Sommes-nous en mesure de savoir lesquels d’entre eux ont pu saisir les chances qui s’offraient et lesquels en furent exclus ? Une partie considérable de la mémoire de ces familles reste à reconstituer ; les historiens en ont la responsabilité. Or, toute l’histoire de la Normandie montre la présence continue, silencieuse le plus souvent, de familles très pauvres, dans les forêts, sur les routes, comme dans les villes et les villages. Pourtant, la description des situations par les historiens est imprécise au bas de l’échelle sociale et ignorée tout en bas.

A leurs yeux, les hommes du Moyen Age vivant à la campagne sont tous « libres » et disposent au moins d’un lopin de terre. Les compagnons et les travailleurs à façon du XVIIe siècle, en ville, se confondent pour eux en une seule et même « plèbe ». Or, la distinction entre pauvreté et misère s’impose pour mettre un terme à cette distorsion de l’histoire des familles dans la grande pauvreté.

Avec les XIXe et XXe siècles, la mémoire des plus pauvres prend forme : les familles connues par l’auteur se souviennent ; les signes d’exclusion deviennent identifiables. L’état d’indigent, le fait d’avoir beaucoup d’enfants, l’illettrisme, la malnutrition se concentrent sur une population dont plus personne ne peut nier l’existence et la permanence.

Prenant appui sur l’ordonnance qui fonde l’Hôpital Général de Caen en 1655 - où sont codifiés non seulement l’enfermement des pauvres, mais aussi leur instruction et leur droit à la famille - la seconde partie de ce livre décrit l’organisation que se donne la capitale régionale et la faible place faite aux plus pauvres dans son développement. Dans les faits, ils sont toujours les derniers servis, les derniers logés, peuple sans droit que l’on déplace sans ménagement, vivant toujours dans le provisoire « comme l’oiseau sur la branche ».

Pourtant malgré la détérioration du travail, la peur de l’administration et l’augmentation des dettes, les familles du Quart Monde de Caen commencent un combat pour une nouvelle démocratie. A travers ses militants et tous ceux qui les soutiennent, c’est toute une population méconnue qui apprend progressivement et ensemble à prendre la parole. La monographie familiale de Mme Hornaing révèle toute l’expérience de ce peuple. Je laisse au lecteur la chance de découvrir comment Mme Hornaing a influencé l’action locale du mouvement ATD Quart Monde à travers ce que sa mémoire lui permettait de juger « possible et sage » dans l’histoire des plus pauvres.

Olivier Gérhard

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