Raphaël Confiant, La panse du chacal

Ed. Mercure de France, Paris, 364 p.

Chantal Joly

Bibliographical reference

Raphaël Confiant, La panse du chacal, Ed. Mercure de France, Paris, 364 p.

References

Electronic reference

Chantal Joly, « Raphaël Confiant, La panse du chacal », Revue Quart Monde [Online], 194 | 2005/2, Online since 01 October 2005, connection on 25 September 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/9247

On est loin des clichés touristiques sur les Antilles enchanteresses. Car c’est à un voyage dans la sueur, la poussière rougeâtre, le sang, les larmes, dans lequel nous entraîne l’auteur, originaire de l’île de la Martinique. Un retour à l’époque où des hommes, des femmes, des enfants qui n’avaient plus le nom d’esclaves mais en subissaient la même servitude, s’épuisaient dans les champs de canne à sucre en étant considérés comme de la chair à plantations.

Si la déportation des Africains est bien connue, celle des Indiens qu’on fit venir sous contrat aux Antilles par milliers au milieu du XIXème siècle en leur promettant la terre promise l’est beaucoup moins. Une famille, les Dorassamy, nous sert de guide pour cette épopée historico-maritime au long cours, à travers deux océans et sur deux générations. Le père, Adhiyaman, a fui la région du Madurai en Inde où ses parents ont été dévorés par des chacals au cours d’une grande famine. Avec Devi sa jeune épouse, il va affronter les tempêtes de la traversée avant de se retrouver piégé en Martinique sur une terre hostile à ses pratiques religieuses, pris en étau entre la dureté méprisante des Blancs et les railleries des Noirs et des Mulâtres, “ couli ” rivé à son travail comme le clou à sa planche. D’autres personnages captivent l’attention : l’Ancêtre, gardien des textes sacrés, Anthénor, le nègre syndicaliste, Théophile, l’instituteur humaniste européen.

L’écriture est à l’image des Caraïbes avec des mots repeints à neuf (emparadiser, heureuseté, la bleuité, méchantise...) et un style luxuriant, haut en couleurs, lumineux, frénétique, sensuel, violent. Le roman se termine sur une note d’espoir : la naissance d’un enfant métis, fils d’une Indienne et d’un Noir et surtout fils d’une ère nouvelle, libérée des mirages, de la haine et de la soumission :

“ Devi supportait, stoïque, ce lot d’avanies. Elle savait confusément que c’était là le prix à payer pour que la race indienne soit enfin acceptée par les Créoles. Pour qu’elle devienne, à son tour, créole. C’est-à-dire fille de cette terre magnifique et féroce, exagérément exigüe mais infinie dans sa manière d’empiler langues, musiques, cuisines, religions et peuples ”.

Belle déclaration d’amour d’un écrivain à sa culture et message à valeur universelle car le racisme et les négriers de l’immigration sont, hélas, toujours d’actualité.

Chantal Joly

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