Tahar Ben Jelloun, Les yeux baissés

Editions du Seuil, 1991

Janine Dantan

Bibliographical reference

Tahar Ben Jelloun, Les yeux baissés, Editions du Seuil, 1991

References

Electronic reference

Janine Dantan, « Tahar Ben Jelloun, Les yeux baissés », Revue Quart Monde [Online], 143 | 1992/2, Online since 19 May 2020, connection on 23 April 2024. URL : https://www.revue-quartmonde.org/8934

Dans ce grand et simple roman, Tahar Ben Jelloun conjugue tous les thèmes qui ont nourri jusque-là son œuvre et l’histoire de son peuple : le déracinement et l’exil, la fatalité du malheur, le déchirement entre deux cultures - sans qu’un véritable choix soit possible - la condition des femmes d’Afrique, celles qui vivent encore les yeux baissés… Dans l’âpre dénuement d’un village berbère du sud marocain, une petite fille - la narratrice - trompe sa solitude en donnant libre cours à son imagination. Elle essaie d’oublier sa tante, incarnation du mal, découvre la cruauté, rêve à son père parti travailler en France et porte en elle un indicible secret laissé par l’arrière-grand-père : celui du trésor enfoui dans la montagne qu’elle seule, au nom du village, pourra découvrir…

Le père revient de « La France » pour arracher sa famille au désastre du village et la ramener à Paris, dans le quartier de la Goutte d’or. La narratrice découvre alors un univers qu’elle ne soupçonnait pas : les voitures et la pluie, mais aussi les livres et la langue française, l’égoïsme raciste des uns, la générosité des autres, et plus tard, l’amour…

Ce long apprentissage, cette « deuxième naissance », marque aussi un lent et irrésistible déracinement, qui laissera l’ancienne « petite fille » dans l’ambiguïté d’un territoire nouveau : un « troisième lieu » qui n’est ni la terre natale ni le pays d’adoption, mais le résultat de sa propre volonté d’intégration à deux cultures qui lui seront toutes les deux indispensables.

Le style d’écriture du livre est aussi passionnant que l’histoire racontée, style de conte oriental pour la partie qui se passe dans le sud marocain rempli de l’imaginaire de cette petite fille qui s’invente es personnages, qui les fait vivre dans son histoire.

Style beaucoup plus concis pour dire la découverte de Paris, la soif d’apprendre, de s’intégrer, de comprendre et d’être comprise, enfin de ne plus vivre ‘les yeux baissés. »

Janine Dantan

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